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Lubrizol - Face au Risque - G. Carcaly

Lubrizol : le Sénat publie un rapport d’enquête sévère

Suite à l’accident industriel majeur survenu à Rouen en septembre 2019, le Sénat a publié son rapport d’enquête ce jeudi 4 juin 2020. Le document de 280 pages, intitulé « prévenir et prévoir pour ne plus subir », est très critique. Il souligne l’absence d’une véritable culture du risque industriel en France, et pointe des manquements graves ainsi que la cacophonie dans la communication du Gouvernement.

La commission d’enquête du Sénat a été chargée d’évaluer l’intervention des services de l’État dans la gestion des conséquences environnementales, sanitaires et économiques de l’incendie de l’usine Lubrizol à Rouen du 26 septembre 2019. Les deux sénatrices chargées du rapport, Christine Bonfanti-Dossat et Nicole Bonnefoy, déplorent « les manquements graves qui nuisent à l’efficacité des mécanismes de prévention des accidents industriels ».

Dans la foulée, la commission formule six recommandations pour une meilleure prise en compte des risques industriels par toutes les parties prenantes : Etat, entreprises, collectivités territoriales et citoyens.

Information et cacophonie

Le rapport souligne d’abord l’absence de sensibilisation de la population aux risques que présentent les installations industrielles et chimiques. Il rappelle ensuite les défauts majeurs du système national d’alerte et d’information des populations, antique et inopérationnel. D’autre part, combinée à la difficulté pour l’administration d’accéder en temps réel à la composition des produits stockés dans un site Seveso, le rapport décrit une communication de crise du Gouvernement incapable « d’informer de façon claire, prescriptive et pédagogique » la population.

Des angles morts dans la prévention des risques

Rappelant les failles dans les missions de contrôle et d’inspection des Dreal, le rapport relève « une forme d’indulgence des pouvoirs publics vis-à-vis des industries, soupçon qui affecte la crédibilité de la politique de prévention » menée par l’Etat. En ce sens, le Sénat appelle de ses vœux la mise en place d’un véritable bureau d’enquête accidents intervenus sur des sites Seveso. Une idée déjà évoquée par la mission d’information parlementaire sur l’incendie de Lubrizol en février 2020, et reprise par la ministre Elisabeth Borne dans son plan d’actions.

Une gestion sanitaire calamiteuse

En dépit de l’absence de morts et de blessés, les auteurs du rapport relèvent des manquements dans la gestion des conséquences sanitaires de l’accident. Certains maillons essentiels de la chaîne d’information (élus locaux, professionnels de la santé, intervenants à domicile) ont été mis de côté, tandis que le principe de précaution a été tout simplement oublié. Les risques chroniques sur la santé, le suivi sanitaire à long terme des populations et la mise en place de registres de morbidité ont ainsi été négligés.

Des recommandations

A la suite du rapport de la mission parlementaire post-Lubrizol dévoilé le 13 février dernier, et des propositions formulées par les députés Christophe Bouillon et Damien Adam, la commission d’enquête du Sénat a énoncé six recommandations :

  • Créer une véritable culture du risque industriel ;
  • Améliorer la politique de prévention des risques industriels ;
  • Améliorer la gestion de crise ;
  • Assurer une meilleure coordination entre l’Etat et les collectivités territoriales ;
  • Indemniser l’intégralité des préjudices subis par la population ;
  • Appliquer le principe de précaution au suivi sanitaire des populations touchées par un accident industriel.

L’intégralité du rapport de la commission d’enquête du Sénat est disponible ici.