Eaton : des pressions sur la logistique

10 février 20225 min

Claude Boyer, directeur Life & Safety d’Eaton France, évoque les difficultés engendrées par la crise sanitaire sur la supply chain de son entreprise et nous explique les moyens mis en œuvre pour y faire face.

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Une entreprise internationale

Eaton est une société internationale spécialisée dans la gestion de l’énergie. Elle compte près de 100000 salariés dans le monde et commercialise ses produits dans plus de 175 pays, dont la France. Les activités Life & Safety d’Eaton France, que dirige Claude Boyer, regroupent les systèmes de sécurité incendie, l’éclairage de sécurité et les alarmes anti-intrusion. Les unités de production sont principalement basées en Chine et en Roumanie avec des sous-traitants dans divers pays. Et c’est par conteneurs et transport routier que les produits arrivent au centre de Riom (Puy-de-Dôme). Ils sont ensuite redistribués à travers la France, essentiellement par transport routier, chez les clients. Ceux-ci sont des distributeurs de matériels électriques (Sonepar, Rexel…) qui ont eux-mêmes pour clients les installateurs électriciens.

« Le principal souci reste l’imprévisibilité du marché. Nous avons eu quelques soucis avec des démarrages de production qui ne se sont pas toujours faits au rythme qu’on imaginait, et sur les incertitudes qu’ont nos fournisseurs à nous livrer. »

Claude Boyer, directeur Life & Safety d’Eaton France

Claude Boyer, directeur activités Life & Safety chez Eaton France

Les aléas depuis le Covid-19

Claude Boyer nous explique qu’avant la crise sanitaire, il n’y avait pas de soucis particuliers sur la supply chain. « Nous avions une très bonne qualité de service auprès de nos clients, avec des taux de services entre 95 % et 97 % et une chaîne logistique qui fonctionnait relativement bien. »

Le Covid a ensuite généré chez Eaton, comme dans bien d’autres entreprises, d’importantes sources de perturbations. En outre, est venu s’ajouter, du 23 au 29 mars 2021, le blocage du canal de Suez par l’Ever-Given : 422 porte‑conteneurs, chargés de 26 millions de tonnes de marchandises, ont été mis à l’arrêt. « Les aléas de transport, nous les avons subis comme tout le monde », reconnaît Claude Boyer.

Parmi les différents problèmes rencontrés depuis la crise sanitaire sur la chaîne logistique, notre interlocuteur cite :

  • le coût du transport maritime multiplié par 4 ou 5 ;
  • les marchandises restées sur les quais chinois par manque de contenants ;
  • la main-d’œuvre locale pas toujours disponible ;
  • les pénuries de matières premières, et plus encore celles de composants électroniques.

Réduire le risque

Plusieurs moyens ont permis à l’entreprise de pallier ces difficultés. Par exemple, « la duplication des sources et des zones de fabrication. On essaie d’avoir deux sites de production plutôt qu’un. Ainsi, si un sous-traitant ferme pour cause de Covid, on essaie de s’assurer qu’un autre pourra nous servir. Par ailleurs, certaines productions effectuées en Chine ont été ramenées en Europe pour s’affranchir des problèmes de transport. »

Toutefois, produire certaines pièces à l’identique ou changer de sous-traitants n’est pas toujours possible car Eaton commercialise des produits certifiés. Or, si à cause de la pénurie d’un composant, un autre est envisagé pour le remplacer, il faut repasser par une nouvelle certification. De même, un nouveau sous-traitant devra être qualifié. Et ceci peut prendre plusieurs mois.

L’entreprise essaie également de jouer sur les stocks ou encore de trouver une alternative au transport par bateaux depuis la Chine en activant des voies ferroviaires. « On n’élimine pas le risque mais on le réduit », note le directeur Life & Safety.

L’imprévisibilité du marché

« Le principal souci reste l’imprévisibilité du marché, poursuit-il. Nous avons eu quelques soucis avec des démarrages de production qui ne se sont pas toujours faits au rythme qu’on imaginait, et sur les incertitudes qu’ont nos fournisseurs à nous livrer. » En effet, une chaîne d’usine peut s’arrêter sans préavis du jour au lendemain à cause de cas de Covid. Le délai de livraison peut alors s’allonger de plusieurs jours, voire semaines ou mois…

« Nous avons demandé à nos clients d’anticiper leurs commandes pour faciliter la fluidité de la chaîne logistique. Donc, le problème n’est pas de passer de trois jours de délais de livraison à trois mois. Ce qui est difficile à gérer, c’est quand, au bout de trois mois, on n’est pas capable de livrer car il y a un autre problème : une rupture non prévue, un bateau qui se coince dans le canal de Suez… », déplore Claude Boyer. Et si c’est compliqué pour Eaton, ça l’est aussi pour ses clients sur les chantiers. « Quand une équipe est sur place pour monter vos produits et que ceux-ci n’arrivent pas, c’est terrible. Je crois que ça a été la chose la plus difficile. »

Renforcer les dispositifs existants

« Il faut être vigilant sur tous les points, même là où on n’imaginait pas tomber en rupture auparavant. »

Eaton n’a pas attendu la crise pour sécuriser ses approvisionnements. Cependant, « il faut être vigilant sur tous les points, même là où on n’imaginait pas tomber en rupture auparavant. On se rend compte que, dans une période comme celle-ci, il faut renforcer les process et appliquer les règles à tout et pas uniquement à ce qui semble critique. S’il manque le carton d’emballage, comme c’est le cas en ce moment, l’expédition ne peut pas se faire. » En effet, des tensions existent aussi sur la pâte à papier, nécessaire à la fabrication du carton. En plus de la saturation des chaînes de production à la sortie des confinements, le développement de la vente à distance et le recul du tout-plastique accentuent encore les besoins en carton d’emballage, qui connaît une croissance de 10 % par an.

Pour Claude Boyer, la question est maintenant de savoir combien de temps encore va durer cette crise Covid et ses aléas logistiques. « Le variant Omicron recrée une incertitude et on se demande ce qui va nous arriver dans les prochains mois. »


Article extrait du n° 579 de Face au Risque : « Tensions sur la supply chain » (février 2022).

Martine Porez – Journaliste

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