Vidéosurveillance : alternatives et attentes autour de la reconnaissance faciale

26 mai 20214 min

À chaque fois qu’il est question de nouveautés technologiques, le débat sur la reconnaissance faciale est remis sur la table. Bien que le cadre réglementaire soit verrouillé pour l’instant en France, certaines avancées sont observées.

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Physionomie générale plutôt que reconnaissance faciale

Si aucune évolution n’est à noter dans le cadre de la législation française pour le moment, certains constructeurs ont préféré prendre les devants. Ainsi chez Hikvision, groupe chinois spécialisé dans la fabrication et la fourniture de solutions de vidéosurveillance, il n’est plus question de considérer cette technologie comme une éventualité.

« La reconnaissance faciale ne fait pas débat, on tire un trait dessus, annonce Laurent Scetbon, responsable d’équipe grands comptes et projets chez Hikvision. Il vaut mieux éviter de jouer avec la reconnaissance faciale, qui est interdite en France sauf dans des cadres très particuliers. »

Plutôt que flirter avec la législation française, le groupe préfère désormais miser sur des applications basées sur la détection d’attributs de physionomie générale. Quelle différence avec la reconnaissance faciale ? Laurent Scetbon nous répond : « Avec la biométrie, chacun est unique, avec un visage bien particulier (écartement des yeux, hauteur du front, arcade sourcilière, nez…). Alors que la physionomie générale donne seulement une impression. Ce n’est pas lié à une personne en particulier. C’est un style de personne. C’est comme si on avait un témoin objectif qui vous dit : “si vous cherchez une personne qui a cette physionomie particulière [un homme, grand, la quarantaine, habillé en bleu, Ndlr], je pense que j’ai trouvé quelque chose devant telle caméra”. Cela permet d’éviter de jouer avec la législation puisque vous ne constituez pas de base de données biométriques. »

La biométrie, plus fiable

Si la France n’a toujours pas passé le cap législativement, des avancées sont d’ores et déjà notables sur le plan technique via le deep learning.

« Dans le passé, il y avait énormément de contraintes techniques pour atteindre une fiabilité acceptable pour l’utilisateur. Aujourd’hui, les caméras dernière génération couplées aux algorithmes de deep learning permettent de détecter avec précision un visage et d’en extraire plus de données pour créer un vecteur biométrique beaucoup plus fiable. Et du coup permettre de réduire le taux d’erreurs potentielles », précise ainsi Emmanuel Berthelot, responsable commercial projets France chez Panasonic, constructeur et fournisseur de solutions de vidéosurveillance.

« Pour les Jeux olympiques de Tokyo 2021, il y a énormément de technologies qui sont déployées dont la reconnaissance faciale. »

Emmanuel Berthelot, responsable commercial projets France chez Panasonic.

Emmanuel Berthelot, responsable commercial projets France chez Panasonic

Des enjeux au-delà de la sécurité

Outre ces avancées technologiques, les besoins liés à la reconnaissance faciale ne se cantonnent plus seulement au secteur de la sécurité-sûreté.

« Cela touche énormément de secteurs. Nos smartphones se déverrouillent avec, nos banques dans le futur voudraient proposer des paiements avec la reconnaissance faciale, les technologies de sûreté s’y intéressent beaucoup. Le marketing également, pour faire du suivi de clientèle dans les magasins et les centres commerciaux… Il y a énormément de débouchés », poursuit notre interlocuteur, qui voit cependant la législation comme un garde-fou utilisé afin d’éviter les dérives.
« L’un dans l’autre, est-ce que ce n’est pas une bonne chose de prendre le temps de réguler pour savoir où on veut utiliser ce genre de technologies ? Le marché de la sécurité est en attente du cadre d’utilisation de ces technologies car celles-ci permettraient d’optimiser grandement le travail de détection et de recherche mais, sans limites fixées, cela peut aussi conduire à des déviances. »

Tokyo 2021 avant Paris 2024 ?

La question autour d’une autorisation pour les Jeux de Paris 2024 est incessante depuis de longs mois… et l’indécision règne toujours, au contraire de Tokyo 2021 (événement dont la tenue reste encore incertaine à l’heure actuelle en raison de la crise sanitaire Covid-19, Ndlr).

« Les JO sont une grande interrogation pour la France. Pour les Jeux de Tokyo 2021, il y a énormément de technologies qui sont déployées dont la reconnaissance faciale. Mais ils avaient déjà régulé ce marché bien avant les Jeux, que ce soit pour la sécurité ou le ticketing, afin de fluidifier les accès aux sites », nuance-t-on chez Panasonic, partenaire technologique des Jeux Olympiques depuis trente ans.

Reste désormais à savoir si la flamme et les anneaux seront les seuls à effectuer le voyage entre Tokyo et Paris d’ici 2024, ou si la reconnaissance faciale suivra également.


Article extrait du n° 572 de Face au Risque : « Vidéosurveillance : les nouveaux usages » (mai 2021).

Eitel Mabouong – Journaliste

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