Les détecteurs de fumée par aspiration mis en lumière par l’incendie de Notre-Dame

18 juin 20197 min
Incendie de Notre Dame les 10 leçons du drame, crédits photo B. Moser BSPP

Les détecteurs de fumée par aspiration mis en lumière par l’incendie de Notre-Dame

Le lundi 15 avril sonnera comme une date clé en cette année 2019… À l’heure où la cathédrale Notre-Dame de Paris s’embrasait en direct sur les chaînes de télévision, le grand public tentait de comprendre comment une telle catastrophe n’avait pas pu être empêchée en amont.

Les détecteurs de fumée par aspiration de retour dans l’actualité

Comme lors de chaque incendie médiatisé, les néophytes s’interrogent, voire donnent des leçons… Ils se posent des questions « existentielles », quand ils n’y apportent pas leurs propres réponses : « Pourquoi les sapeurs-pompiers sont-ils arrivés aussi tardivement sur les lieux ? » ; « Comment le feu a-t-il pu prendre aussi rapidement ? » ; ou encore « Le système de détection incendie était-il adapté ? ».

C’est en réponse à cette dernière question que les détecteurs de fumée par aspiration se sont refait un nom auprès du grand public durant la deuxième quinzaine du mois d’avril. C’est en effet ce système, en plus de détecteurs linéaires, qui équipait les combles de la cathédrale, point de départ de l’incendie.

Pour les spécialistes, il n’existe aucun doute sur la fiabilité de ce dispositif dans un tel lieu. « C’était l’une des meilleures solutions pour Notre-Dame car la détection est particulièrement précoce », confirme Frédéric Dufailly, chef de service Inspection et Audit Technique en électronique de sécurité à CNPP. Une précocité qui justifie le nom de détecteur de fumée à haute sensibilité (DFHS) donné à ces systèmes par aspiration.

Preuve que ce système de détection était le bon, avant que la levée de doute ne permette de localiser précisément le départ de flammes, l’alarme s’était bel et bien déclenchée… Le tout à deux reprises et dans un intervalle d’une vingtaine de minutes.

Quels types de lieux pour les détecteurs de fumée par aspiration ?


A priori donc, rien ne semble contredire le fait que ce type de détecteur également multiponctuel était le dispositif idoine pour Notre- Dame. Ces détecteurs sont d’ailleurs spécialement conçus pour les grands espaces. « Leur sensibilité est plus adaptée dans les grandes hauteurs et les grands volumes. Ils permettent de couvrir une surface plus importante », précise notamment Thierry Fisson, consultant expert en sécurité incendie de CNPP.

Outre les monuments, ces détecteurs multiponctuels sont également appropriés pour les entrepôts, les bâtiments disposant de faux-planchers ou de faux-plafonds ou encore les data centers. D’ailleurs, afin de faciliter la levée de doute dans des lieux regorgeant d’équipements électroniques, des techniques bien spécifiques sont mises en place. Des capillaires de prélèvement peuvent par exemple directement être « placés au niveau des équipements plutôt que dans toute la pièce », confie Grégory Jolly, assistant laboratoire électronique incendie à CNPP. Cela pour « permettre une détection encore plus précoce », ajoute-t-il.

Une levée de doute défaillante à Notre-Dame

La levée de doute, c’est notamment ce qui a fait défaut le lundi 15 avril 2019 à Notre-Dame. Pour rappel, aucun départ de feu n’avait été constaté lors de la première alarme incendie. On apprendra finalement que les intervenants avaient été mal aiguillés sur l’emplacement de ce départ de feu.

Pour Thierry Fisson, le problème de localisation est généralement l’un des principaux bémols des détecteurs multiponctuels. Cela en dépit d’un système de détection bien plus précoce qu’un ponctuel. « Un détecteur multiponctuel contrôle une surface plus grande qu’un ponctuel. Donc l’inconvénient, c’est qu’il y a un zonage plus grand. La localisation est donc moins précise qu’avec un ponctuel, qui va indiquer un point (bien défini) », confie ainsi l’intéressé avant de s’interroger sur le cas de la cathédrale. « Pour Notre-Dame, la question est de savoir combien il y avait de détecteurs et comment était fait le zonage pour permettre la levée de doute. »

Afin d’optimiser le futur contrôle sur le zonage, la possibilité d’effectuer une simulation d’installation par configuration numérique existe. « Il y a des logiciels qui prennent en compte la configuration des lieux, mais aussi les débits d’air et le seuil de sensibilité à la fumée », précise ainsi Grégory Jolly. En d’autres termes, avec les caractéristiques propres à un espace défini, on peut déterminer en amont de l’installation quels types de tuyauterie utiliser ou encore sur quel seuil de sensibilité régler le déclenchement de l’alarme.

Mais comment fonctionnent les détecteurs de fumée par aspiration ?

Si le cas de Notre-Dame sert de fil rouge à cet article, il n’a pas pour autant donné beaucoup d’informations sur le fonctionnement des détecteurs de fumée par aspiration… C’est ce que les lignes suivantes vont tenter de faire, en s’appuyant en partie sur les explications du « Traité pratique de sécurité incendie ».

En résumé, le principe de ces détecteurs est « d’aspirer de l’air en permanence », explique Frédéric Dufailly, cela par le biais d’un réseau aéraulique formé de tuyaux percés de trous. La tuyauterie de ce réseau aéraulique peut prendre différentes formes en fonction de la configuration des lieux à surveiller (volume, hauteur et forme du plafond, exigences réglementaires, conditions ambiantes…).



Chacun des trous de cette tuyauterie constitue alors un point de captation de ou des ambiance(s) à surveiller. Une fois aspiré, l’air entre dans ce qui peut s’apparenter à « une chambre d’analyse », image notre interlocuteur. Celle-ci est constituée d’un anénomètre qui surveille le débit d’aspiration, et d’un dispositif d’analyse. Au sein de ce dispositif d’analyse se trouve l’élément sensible du détecteur de fumée par aspiration. Cet élément est généralement basé sur le principe optique par réflexion ou atténuation (infrarouge, laser ou encore lampe xénon…). Au bout de cette chaîne, se trouve l’électroaspirateur et un indicateur de l’état du détecteur.



Dans le but d’éviter les alarmes non-justifiées – celles qui n’ont aucun lien avec la détection d’une quelconque présence de fumée dans l’espace à surveiller – la maintenance joue un rôle prépondérant. Dans les combles d’une cathédrale ou les faux-plafonds d’un hôtel, le risque de voir la poussière rapidement s’accumuler dans les trous du réseau aéraulique est important… Le risque que l’alarme se déclenche par la suite en raison de la poussière l’est donc tout autant.

Deux mesures pour éviter les mésaventures

Deux mesures existent pour éviter cette mésaventure : l’obligation d’une bonne maintenance sur ce détecteur de fumée à haute sensibilité (DFHS). Et le réglage de l’alarme qui ne doit pas être effectué sur un seuil de sensibilité trop élevé. À noter que, s’agissant de la première mesure, la technologie actuelle permet de faciliter l’entretien de certains détecteurs.

Eitel Mabouong

Eitel Mabouong

Journaliste

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