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Incendie de Notre Dame les 10 leçons du drame, crédits photo B. Moser BSPP

Incendie de Notre-Dame, les 10 leçons du drame

Le lundi 15 avril 2019, un incendie de grande ampleur a touché la cathédrale Notre-Dame de Paris. Alors que les cendres sont encore fumantes mais que l’incendie est circonscrit, il n’est pas trop tôt pour en tirer des enseignements
et constater déjà que rien ne sera comme avant.

(English readers, discover the english version of this text here)

Leçon n°1 : Le feu détruit

Risques cyber et changement climatique occupent les Unes des journaux – y compris les nôtres, mais l’incendie reste toujours le danger numéro 1 : pour les entreprises, pour le patrimoine, pour le public. Il ne faut pas l’oublier.

24 hectares de forêt avaient été nécessaires pour construire la charpente du toit de l’édifice. En moins de trois heures, deux tiers étaient consumés.

Le feu détruit… Il n’y a rien qui puisse être épargné. Quand ce ne sont pas les flammes ou la chaleur, ce sont les fumées qui réduisent à néant les bâtiments. Alors les eaux d’extinction finissent par achever les ruines encore fumantes.

Leçon n°2 : Il est possible de sauvegarder les œuvres

Certes les dégâts sont conséquents, mais il est toujours possible de sauver les meubles et les œuvres par une organisation méthodique. Le détachement des sapeurs-pompiers du Louvre aurait été à la manœuvre en soutien*. Voir la leçon n° 8. En attendant, avec les conditions relevées sur le terrain, la sauvegarde des œuvres est un véritable succès.

Leçon n° 3 : Il n’y a pas de bon moment pour un feu

Personne ne connaît l’avenir. Hier devait se tenir la grande messe présidentielle et c’est un tout autre spectacle, tragique, qui s’est déroulé devant les yeux des badauds impuissants. Il n’y a jamais de bon moment pour un incendie, mais ils surviennent toujours quand il ne faut pas : à 18h50, alors que les bouchons battent leur plein dans la capitale, que les renforts sont difficiles à acheminer, dans un endroit exigu, sur la toiture, en restauration. La présence de la Seine à proximité immédiate a pu constituer un appui, mais le vent était particulièrement fort et soufflait en direction des tours ce qui était défavorable.

Leçon n°4 : Un feu lancé est toujours difficile à arrêter

On peut toujours dater, même après coup, le début d’un incendie mais il est plus difficile de savoir quand il sera maîtrisé et éteint. Au plus fort du sinistre, des températures de 1 000°C ont été relevées par les sapeurs-pompiers de Paris.

A ces températures, on imagine sans mal l’incroyable difficulté d’éteindre et de sauvegarder quoique ce soit. La ruine totale de l’édifice a été évitée et c’est en soi un miracle.

Leçon n°5 : Les travaux sont une zone sensible

Le travail des enquêteurs ne sera pas facile au regard des destructions. Le chantier était-il contrôlé ? Ce contrôle était-il informatisé et enregistré ? Y avait-il des autorisations spécifiques ? Des permis de feu étaient-il en cours et respectés ? Les questions ne manqueront pas d’être soulevées. Il faudra croiser les témoignages des ouvriers et vérifier les données matérielles.

Même si les travaux ne sont pas à l’origine de l’incendie, il n’y a pas de doute sur le fait qu’ils ont compliqué la tâche des sapeurs-pompiers, rendant difficile les accès, apportant du potentiel calorifique, fragilisant les cheminements…

Bien évidemment se pose la question de la responsabilité, mais dans un bâtiment qui, comme beaucoup d’œuvres uniques, n’est pas assuré parce qu’inassurable, ces responsabilités ne permettront pas de rattraper ou réparer ce qui a été détruit. Au plus nourriront-elles une vindicte populaire.

Leçon n°6 : Le patrimoine est fragile

Construite à partir de 1163, terminée en 1345, Notre-Dame de Paris était évidente et installée pour toujours. Personne ne peut supposer que tout est éternel. Tous les monuments et tous les édifices connaissent les mêmes risques et doivent être protégés. La poussée soudaine de certains risques, comme le terrorisme, ne doit pas occulter les autres risques permanents et toujours aussi prégnants. C’est aussi une leçon à actualiser dans d’autres endroits où un véritable tunnel émotionnel empêche de correctement graduer la menace.

Leçon n°7 : L’eau mouille

La stupidité n’a pas de frontière et dépasse même les murs qu’on érige pour se protéger. De l’autre côté de la frontière mexicaine, il est un président dans son royaume qui n’en est pas avare. Outre que l’eau mouille et fragilise, l’envoi d’une grande quantité d’eau depuis le ciel conduirait sous la pression à la ruine de l’édifice. On verra dans les jours prochains les dégâts des lances d’extinction pour finir de se convaincre qu’un largage d’eau, même d’un hélicoptère, est une aberration.

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