Incendie de Notre-Dame, les 10 leçons du drame

16 avril 20197 min

Le lundi 15 avril 2019, un incendie de grande ampleur a touché la cathédrale Notre-Dame de Paris. Alors que les cendres sont encore fumantes mais que l’incendie est circonscrit, il n’est pas trop tôt pour en tirer des enseignements et constater déjà que rien ne sera comme avant.

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Leçon n°1 : Le feu détruit

Risques cyber et changement climatique occupent les Unes des journaux – y compris les nôtres, mais l’incendie reste toujours le danger numéro 1 : pour les entreprises, pour le patrimoine, pour le public. Il ne faut pas l’oublier.

24 hectares de forêt avaient été nécessaires pour construire la charpente du toit de l’édifice. En moins de trois heures, deux tiers étaient consumés.

Le feu détruit… Il n’y a rien qui puisse être épargné. Quand ce ne sont pas les flammes ou la chaleur, ce sont les fumées qui réduisent à néant les bâtiments. Alors les eaux d’extinction finissent par achever les ruines encore fumantes.

Leçon n°2 : Il est possible de sauvegarder les œuvres

Certes les dégâts sont conséquents, mais il est toujours possible de sauver les meubles et les œuvres par une organisation méthodique. Le détachement des sapeurs-pompiers du Louvre aurait été à la manœuvre en soutien*. Voir la leçon n° 8. En attendant, avec les conditions relevées sur le terrain, la sauvegarde des œuvres est un véritable succès.

Leçon n° 3 : Il n’y a pas de bon moment pour un feu

Personne ne connaît l’avenir. Hier devait se tenir la grande messe présidentielle et c’est un tout autre spectacle, tragique, qui s’est déroulé devant les yeux des badauds impuissants. Il n’y a jamais de bon moment pour un incendie, mais ils surviennent toujours quand il ne faut pas : à 18h50, alors que les bouchons battent leur plein dans la capitale, que les renforts sont difficiles à acheminer, dans un endroit exigu, sur la toiture, en restauration. La présence de la Seine à proximité immédiate a pu constituer un appui, mais le vent était particulièrement fort et soufflait en direction des tours ce qui était défavorable.

Leçon n°4 : Un feu lancé est toujours difficile à arrêter

On peut toujours dater, même après coup, le début d’un incendie mais il est plus difficile de savoir quand il sera maîtrisé et éteint. Au plus fort du sinistre, des températures de 1 000°C ont été relevées par les sapeurs-pompiers de Paris.

A ces températures, on imagine sans mal l’incroyable difficulté d’éteindre et de sauvegarder quoique ce soit. La ruine totale de l’édifice a été évitée et c’est en soi un miracle.

Leçon n°5 : Les travaux sont une zone sensible

Le travail des enquêteurs ne sera pas facile au regard des destructions. Le chantier était-il contrôlé ? Ce contrôle était-il informatisé et enregistré ? Y avait-il des autorisations spécifiques ? Des permis de feu étaient-il en cours et respectés ? Les questions ne manqueront pas d’être soulevées. Il faudra croiser les témoignages des ouvriers et vérifier les données matérielles.

Même si les travaux ne sont pas à l’origine de l’incendie, il n’y a pas de doute sur le fait qu’ils ont compliqué la tâche des sapeurs-pompiers, rendant difficile les accès, apportant du potentiel calorifique, fragilisant les cheminements…

Bien évidemment se pose la question de la responsabilité, mais dans un bâtiment qui, comme beaucoup d’œuvres uniques, n’est pas assuré parce qu’inassurable, ces responsabilités ne permettront pas de rattraper ou réparer ce qui a été détruit. Au plus nourriront-elles une vindicte populaire.

Leçon n°6 : Le patrimoine est fragile

Construite à partir de 1163, terminée en 1345, Notre-Dame de Paris était évidente et installée pour toujours. Personne ne peut supposer que tout est éternel. Tous les monuments et tous les édifices connaissent les mêmes risques et doivent être protégés. La poussée soudaine de certains risques, comme le terrorisme, ne doit pas occulter les autres risques permanents et toujours aussi prégnants. C’est aussi une leçon à actualiser dans d’autres endroits où un véritable tunnel émotionnel empêche de correctement graduer la menace.

Leçon n°7 : L’eau mouille

La stupidité n’a pas de frontière et dépasse même les murs qu’on érige pour se protéger. De l’autre côté de la frontière mexicaine, il est un président dans son royaume qui n’en est pas avare. Outre que l’eau mouille et fragilise, l’envoi d’une grande quantité d’eau depuis le ciel conduirait sous la pression à la ruine de l’édifice. On verra dans les jours prochains les dégâts des lances d’extinction pour finir de se convaincre qu’un largage d’eau, même d’un hélicoptère, est une aberration.

Leçon n°8 : Les détachements de la BSPP sont efficaces !

Alors que trois centres de secours se trouvent à moins de deux kilomètres et peuvent atteindre l’édifice en moins de deux minutes, la présence d’une équipe sur place aurait été un plus indéniable, surtout dans les premiers instants qui peuvent permettre d’éviter un emballement et correctement lever le doute.

Il existe des détachements de la BSPP dans les grands monuments de la capitale : le Louvre, le musée d’Orsay, la Bibliothèque nationale, les Archives nationales, et même à Kourou en Guyane, mais aucun à Notre-Dame de Paris. Comme tous les lieux symboliques de Paris, le monument doit gérer des évacuations sanitaires, des départs de feu qui seraient tous mieux gérés si la Brigade était sur place. La faute est sans doute au statut particulier de l’édifice.

Leçon n°9 : Les évacuations et périmètres de sécurité fonctionnent

Deux policiers et un sapeur-pompier ont été blessés pendant les neuf heures de combat contre les flammes. Mais aucune personne du public, venu pourtant nombreux, ou parmi les fidèles présents dans les premiers instants du drame n’a été blessée. C’est un succès ! Cela signifie aussi que l’équipe de sécurité sur place a bien fait son travail en privilégiant la sauvegarde du public.

Le succès est d’autant plus grand que les sapeurs-pompiers de Paris ont été confrontés à une terrible et effroyable fournaise et ont tout fait pour préserver les deux tours. Un exploit au regard des conditions particulièrement éprouvantes de l’incendie.

Leçon n°10 : On apprend difficilement du passé

Combien de fois ici-même avons-nous mis en lumière les dangers des travaux ou la fragilité du patrimoine vis-à-vis des risques ? En février dernier nous consacrions notre dossier aux travaux par point chaud. Combien d’incendies similaires ont été traités dans nos colonnes ? Dans notre prochain numéro, nous reviendrons sur le cas de Notre-Dame et notre dossier du mois, hasard du calendrier, sera consacré à l’utilité du retour d’expérience. Il n’est pas trop tard pour en prendre conscience.

Mise à jour du 25 avril 2018 :

Les éléments détaillés de l’Unité élémentaire spécialisée Louvre (UES Louvre) initialement développés dans cet article étaient un peu datés. L’unité est composée de 52 personnes. 3 modules de 3 personnes et 3 opérateurs tous dédiés 24h/24h, 7 jours du 7 sont présents en permanence sur le site. A partir de 1980, un détachement de la BSPP se trouve au Louvre, il est devenu une unité en 2008. Pour Notre-Dame, sans aller vers le détachement ou l’unité, on aurait pu imaginer l’envoi d’un renfort ponctuel lors d’événements spéciaux comme les travaux – mais il aurait fallu sans doute que le Ministère de la Culture en fasse la demande.

Une affaire de sensibilisation au risque – sans doute résolue depuis.

A noter enfin que parmi les premiers intervenants qui se sont spontanément présentés à Notre-Dame, outre les pompiers du Louvre, se trouvait le Colonel (r) René Dosne, celui qui a créé le dessin opérationnel à la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris et que nos lecteurs connaissent bien comme l’auteur depuis plus de 30 ans de nos Feux Instructifs.

David Kapp, journaliste

David Kapp – Journaliste

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