Les difficultés pour anticiper le comportement des tireurs isolés

3 juillet 20185 min

L’attaque au siège de YouTube a mis en lumière une nouvelle fois la difficulté d’anticiper le geste de tireurs isolés qui agissent de manière rapide et brutale.

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Le 3 avril 2018, Nasim Najafi Aghdam, une youtubeuse de 39 ans, s’est rendue au siège social de YouTube, à San Bruno en Californie avec un pistolet 9 mm. Après avoir blessé quatre personnes, elle a finalement retourné l’arme contre elle. Si, dans les premiers instants, une attaque terroriste organisée contre le géant américain, filiale de Google, était redoutée, l’enquête a montré que l’auteur des faits était une « active shooter », une tireuse isolée, sans revendications politiques.
Depuis quelque temps, elle accusait YouTube de censurer volontairement ses vidéos et se disait victime de discrimination. La veille du drame, sa famille avait prévenu la police qu’elle risquait de s’attaquer violemment à YouTube.

Communiqué de Sundar Pichai, PDG de Google, le jour-même de l’attaque au siège de YouTube.

Frapper vite et fort

Le département de la sécurité intérieure des États-Unis définit le tireur ou le tueur isolé (active shooter ou active killer) comme une personne agissant seule, dans une zone confinée et peuplée, opérant de manière aléatoire et dans un laps de temps très court, pouvant aboutir à une tuerie de masse. Généralement, le tireur ne négocie pas et ne recherche pas de moyens de fuir. À l’inverse des tueurs en série qui agissent sur le long terme en dissimulant leurs traces, le tireur isolé recherche plutôt une certaine notoriété dans ses actes en frappant vite et fort. L’action se termine généralement par un suicide ou par un tir des forces d’intervention (on parle parfois de « suicide par policier interposé »).

C’est ce qui est arrivé le 1er octobre 2017 à Las Vegas lors d’un festival musical. Stephen Paddock, un comptable à la retraite de 64 ans, s’est enfermé au 32e étage d’une chambre d’hôtel, avant de tirer sur les festivaliers, tuant 58 personnes et en blessant 800 autres, la fusillade la plus meurtrière de l’histoire des États-Unis. Il s’est suicidé à l’arrivée de la police, laissant d’énormes interrogations sur les raisons de son passage à l’acte.

Un sentiment d’exister

En France, plusieurs exemples de tireurs isolés ont été observés comme celui de Richard Durn, en 2002, qui a tué 8 personnes et blessé 19 autres lors d’un conseil municipal à Nanterre avant de sauter, le lendemain, du 4e étage des bureaux de la police judiciaire où il était interrogé. Il a expliqué son geste dans plusieurs lettres, non pour des raisons politiques, mais par un besoin de « faire du mal pour avoir le sentiment d’exister ».
D’autres courses meurtrières comme celles d’Éric Borel, un adolescent de 16 ans en 1995, qui a tué 15 personnes croisées sur sa route ou encore Audry Maupin et Florence Rey le soir du 4 octobre 1994 à Paris, qualifiés de « tueurs nés » ou de « tueurs de flics ». Leur complice de l’époque, Abdelhakim Dekhar, a refait parler de lui en novembre 2013 pour avoir tiré plusieurs coups de feu aux sièges de BFMTV, la Société Générale et Libération, blessant un assistant-photographe. Lors de son procès en novembre 2017, les raisons de son geste n’ont pu être clairement expliquées. Le parquet avait estimé qu’il avait agi par dépit social et rancœur envers la société.

Que faire en cas d’attaque sur le lieu de travail ?

Les lieux de travail sont une cible de choix. Selon les statistiques du gouvernement fédéral américain, 700 personnes sont assassinées chaque année sur leur lieu de travail, toutes armes confondues. Un chiffre qui reste cependant faible comparé au nombre de morts par armes à feu sur l’ensemble du territoire : 36 252 (dont 22 000 sont des suicides).
Les menaces sur le lieu de travail peuvent avoir des origines multiples : salarié mécontent ou stressé, personne licenciée, client, prestataire ou fournisseur en litige contre l’entreprise…
Des signes précurseurs peuvent alerter comme des comportements d’intimidations, des manifestations de colère, le non-respect des procédures ou des problèmes financiers ou familiaux. Un ensemble de manifestations qui peuvent aboutir à des menaces, voire à une escalade vers de la violence. Un plan d’actions contre des actes violents doit être établi par l’entreprise pour prévoir les situations ou événements à risque et prendre les mesures de prévention adaptées.

Aux États-Unis, depuis 2012, le gouvernement du Texas, l’un des États américains les plus permissifs en matière de possession et de vente d’armes, a diffusé une vidéo, relayée par le FBI, pour expliquer l’attitude à adopter en cas d’attaque « Run, Hide, Fight » (courir, se cacher, se battre).

En revanche, au Royaume-Uni, les services anti-terroristes préconisent, depuis les attentats de Sousse en Tunisie (38 Britanniques y avaient perdu la vie), un message plus prudent « Run, Hide, Tell » (courir, se cacher, informer). Contrairement aux Américains, il n’est ici pas question d’intervenir face à l’attaquant mais de se cacher et d’alerter les forces d’intervention et de secours.
La France s’en est inspirée, trois semaines après les attentats du 13 novembre 2015. Le Gouvernement a publié une affiche sur la conduite à tenir en cas d’attaques violentes avec ce credo: s’échapper, se cacher, alerter.

Valérie Dobigny, journaliste

Valérie Dobigny – Journaliste

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