Dans l’Ain, un incendie ravage le stockage d’énergie d’un data center

4 avril 20236 min
Un local batteries raccordé à une installation photovoltaïque a provoqué un incendie dans un data center. Crédit : Stanislav - AdobeStock

Le 28 mars 2023, un incendie d’ampleur s’est déclenché dans un data center équipé de panneaux photovoltaïques en toiture. Le départ de feu aurait pour origine un local de stockage d’électricité par batteries. Les infrastructures réseaux électriques et réseaux ont été très endommagées, impactant des clients comme le CHU de Strasbourg.

Le mardi 28 mars, vers 10h du matin, un incendie s’est produit dans les locaux du data center Maxnod, situé dans la zone industrielle de Saint-Trivier-sur-Moignans (Ain), aux portes de Lyon.

Selon Le Monde Informatique, l’incident s’est produit durant « le raccordement d’un pack de batteries à un onduleur du circuit photovoltaïque du bâtiment. Un matériel neuf qui n’était pas encore en production. »

Des moyens d’intervention importants ont été déployés par le Sdis 01, la préfecture de l’Ain mentionnant au total « 81 sapeurs-pompiers, 49 engins de lutte contre les incendies et les risques chimiques ».

A part un sapeur-pompier volontaire légèrement blessé, on ne dénombre aucune victime ni pollution pour l’environnement. Par contre, les infrastructures réseaux (notamment la fibre) et électriques du site ayant été gravement touchées, la société Adeli (opératrice du site) a été contrainte d’interrompre l’activité de son data center.

Selon les Dernières Nouvelles d’Alsace, France3 Régions et Le Progrès les sites web de clients comme les Hôpitaux universitaires de Strasbourg, la bibliothèque de Lyon, le Syndicat intercommunal d’électricité et d’e-communication de l’Ain ou encore la mairie d’Albi ont subi des indisponibilités d’au moins 24 heures.

Un data center visant la haute performance

Sur son site internet (désormais indisponible), l’entreprise Adeli présentait le data center Maxnod comme « le premier de la région Rhône-Alpes répondant aux spécifications Tier4 ». Une appellation qui évoque la certification attribué par l’Uptime Institute sur une échelle qui varie de Tier I à Tier IV, ce dernier niveau indiquant un très haut niveau de disponibilité pour un centre de données. Il s’avérerait que le “Tier4” revendiqué par l’exploitant était en fait une simple marque française déposée à l’Inpi.

Engagé depuis 2009 dans une démarche de développement durable, l’exploitant avait inauguré une unité de production solaire en 2020. Les 1100 m2 du toit du data center avait été couverts de 560 panneaux photovoltaïques, pour une puissance maximale de 210 kW. L’objectif à l’époque était « d’injecter la production électrique directement dans le réseau ».

Plus récemment, en avril 2021, le data center Maxnod s’était équipé d’une nouvelle couche de panneaux solaires en toiture, au-dessus des parkings : 1260 panneaux solaires pour une puissance de 400 kW. L’idée était cette-fois ci de « diminuer la consommation électrique » conventionnelle du site, « en stockant dans des batteries la production inutilisée pour la réutiliser durant les périodes sans soleil ».

L’alimentation électrique étant une fonction critique pour un centre de données, on peut imaginer que l’investissement opéré visait au départ la sécurité électrique et le développement durable. Avec les tensions récentes sur les prix d’électricité, les perspectives d’économies sur le fournisseur ont dû aussi peser dans la balance.

Des batteries au lithium ?

C’est donc a priori du côté du local batteries que le départ d’incendie s’est produit. L’article du Monde Informatique cite « une salle où plusieurs tonnes de batteries servant à stocker l’énergie solaire assurant une partie de l’alimentation électrique du site ».

Aucune précision n’a filtré sur la nature et la quantité des batteries déployées dans les communiqués de l’exploitant, mais le quotidien régional Le Progrès parle de « batteries au lithium ». Les échanges entre spécialistes sur le forum internet Lafibre.info, regroupant notamment des utilisateurs des services de Maxnod, semblent confirmer cette hypothèse. Il est vrai qu’aujourd’hui, que ce soit pour des critères techniques (capacité, effet mémoire, entretien…) ou d’encombrement, la plupart des stockages stationnaires d’électricité font appel aux technologies à base de lithium.

Un client du centre de données Maxnod, présent au moment de l’incendie, a fourni des informations sur Twitter.

Même si des statistiques rigoureuses et fiables n’existent pas encore à ce sujet, les incidents liés aux batteries lithium ne sont pas rares. Des téléphones au véhicules en passant par le stockage stationnaire, la technologie des batteries lithium est en effet présente quasiment partout. En juin dernier en Corse, un incendie d’un container rempli de batteries au lithium associé à un champ de panneaux photovoltaïques a fait l’objet d’une enquête du BEA-RI.

Protection incendie

Peu d’informations ont filtré sur les dispositions constructives et les moyens de protection contre l’incendie du site Maxnod. La salle serveur aurait néanmoins été épargnée par les flammes, mais les fumées et les eaux d’extinction ont endommagé les équipements. Ces derniers sont recouverts de suie conductrice et corrosive. La structure métallique du bâtiment s’est effondrée par endroits. Il semblerait que la cuve de fioul des groupes électrogènes n’a pas été impactée.

Via le forum Lafibre.info et le site de l’exploitant (du moins les archives), on apprend que des moyens d’extinction automatique de type sprinkleur équipaient le site. Mais on n’a pas plus de précisions sur les zones protégées : le local batteries en faisait-il partie ?

D’autre part, une extinction automatique à gaz protégeait les salles informatiques, ou en tous cas les serveurs, l’exploitant précisant sur son site : « nous avons une extinction automatique à base de CO2 sous faible pression directement injecté au plus près de départ de feu (un tube PVC serpente au cœur de la baie et éclate par la chaleur dégagée lors d’un départ de feu) et isolé à une seule baie. Aucun arrêt électrique ou coupure de salle engendré par la détection ou extinction départ de feu ». Le personnel présent aurait utilisé 5 extincteurs dès les premières secondes pour éteindre le départ de feu, mais sans succès.

Depuis l’incendie d’OVH en mars 2021, tout le monde sait qu’un data center peut brûler. Le retour d’expérience sur l’incendie du data center Maxnod, notamment la source du départ de feu et sa cinétique compte tenu des dispositions constructives et des moyens de protection, sera sûrement instructif pour l’avenir.

Bernard Jaguenaud

Bernard Jaguenaud
Rédacteur en chef

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