Une seule réponse opérationnelle pour l’exploitant

27 avril 20226 min

Organisation. Pour un site devant établir un plan d’opération interne (POI) et un ou des plan(s) de défense incendie (PDI) – par exemple un établissement Seveso avec un entrepôt 1510 et/ou des stockages de liquides inflammables, l’enjeu est de répondre aux différentes exigences de contenus sans démultiplier les plans d’urgence. Comment ? En intégrant les éléments du PDI dans le POI. Explications avec Jérôme Richard, manager conseil et formation incendie à CNPP.

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Si certains sites font le choix d’avoir d’un côté le POI et de l’autre le ou les plans de défense incendie, il semble plus simple et efficace, dans le cadre d’une situation d’urgence et d’un point de vue opérationnel, d’avoir un seul plan. « C’est possible d’un point de vue réglementaire et il y a une plus-value d’un point de vue organisationnel, souligne Jérôme Richard. Attention toutefois, il faut être conforme à l’ensemble des textes, à la fois en ce qui concerne le contenu du plan d’opération interne et ce qui est exigé dans les plans de défense incendie. » Pour éviter les doublons, le ou les PDI sont éclatés et diffusés dans le POI.

COMMENT ARTICULER LES PDI AU SEIN D’UN POI ?

Un exploitant d’un site soumis à POI et plan(s) de défense incendie (voir l’article Étude de cas) pourrait articuler son plan comme suit :

Chapitre 1 – Alerte et information des autorités

Ce chapitre définit les modalités de transmission de l’information, depuis la détection d’un événement accidentel jusqu’à l’alarme et l’alerte des secours. Ainsi que les modalités de déclenchement du POI et de montée en puissance du dispositif.

Bien prendre en compte toutes les périodes d’activité du site : journée, quarts de production, inactivité, gardiennage, télésurveillance…

« Dans les deux cas, le début du schéma d’alerte sera le même. Dans le cas du POI, il y aura une information assez rapide de l’autorité préfectorale, de l’inspection des ICPE, des riverains…, ce qui n’est pas forcément prévu dans le PDI », explique Jérôme Richard.

Exemple de schéma d’alerte

Chapitre 2 – Géographie et description du site

Ce chapitre rassemble les informations principales nécessairesà l’accès au site, à la mise en sécurité des procédés, à l’intervention et à la mise en sécurité des personnes. Les informations pourront être utilisées par la cellule de crise, les services de secours ou les équipes d’intervention interne.

Un seul type d’information par plan : par exemple, un plan pour le réseau incendie, un pour les réseaux d’eaux pluviales, un pour le compartimentage coupe-feu…

Pour les installations soumises à PDI (liquides inflammables ou entrepôts), c’est dans ce chapitre que vont se retrouver :

  • les plans d’implantation des cellules de stockage et mur coupe-feu ;
  • les plans des réseaux d’eau ;
  • les plans des locaux avec description des dangers pour chaque local à risques particuliers et emplacement de moyens de protection incendie ;
  • les consignes pour l’accès des secours.

Chapitre 3 – Gestion des situations d’urgence

Ce chapitre définit le fonctionnement et l’organisation de la cellule de crise ou PC Exploitant (PCEX), précise les rôles des membres de la cellule de crise et du terrain (une fiche mission par fonction) ainsi que les outils nécessaires.

Des fiches simples, s’intéresser aux facteurs humains et organisationnels (penser que tout n’est pas automatique, que ce n’est pas parce qu’on a écrit les choses qu’elles vont se faire), considérer l’incertitude, utiliser des tableaux de partage des informations (permet de réduire la charge mentale et d’aider à la prise de décision).

Armoire de cellule de crise

Dans la cellule de crise, une armoire doit abriter tout le matériel nécessaire à la cellule de crise (POI sous forme de classeurs, pochettes par fonction, moyens de communication, feutres…)

Chapitre 4 – Fiches scénarios

Ce chapitre identifie les risques présents sur le site, définit les scénarios accidentels envisagés issus de l’étude de dangers et décrit les mesures à prendre pour maîtriser la situation avec les moyens d’intervention disponibles. Il existe l’approche par zone et par scénarios.

Limiter le texte au strict nécessaire et privilégier les représentations graphiques.

C’est dans ce chapitre que les scénarios des PDI des installations vont être rendus compatibles avec des fiches scénarios du POI. On y trouvera :

  •  les caractéristiques de l’installation concernée : dimensions d’un bâtiment, pression de service d’un réacteur…
  •  l’évaluation des effets d’un scénario accidentel : modélisations issues de l’étude de dangers par exemple (flux thermiques, surpression, panache toxique) ;
  •  l’identification des effets dominos redoutés ;
  •  la définition des actions de mise en sécurité spécifique à ce scénario accidentel ;
  •  la proposition d’une stratégie d’intervention : objectifs, actions à effectuer, matériel à utiliser…
  •  les moyens d’intervention disponibles dans la zone

Chapitre 5 – Recensement des moyens

Ce chapitre permet à la cellule de crise et aux services d’incendie et de secours de connaître rapidement les moyens internes ou externes, humains ou matériels dont elle peut disposer pour son fonctionnement, l’intervention et l’après-sinistre (voir tableau ci-dessous).

Les moyens humains et techniques doivent être proportionnés et bien dimensionnés aux risques.

Si le site abrite une installation « liquides inflammables » ou un entrepôt soumis à PDI, c’est dans ce chapitre que devront être définies les mesures permettant d’assurer la continuité d’approvisionnement en eau en cas de prolongation de l’incendie au-delà de trois heures pour les liquides inflammables, et au-delà de 2 heures pour les entrepôts.

Exemple de recensement des moyens humains

Chapitre 6 – Environnement

Ce chapitre définit les premiers prélèvements environnementaux et anticipe les mesures de remise en état et de nettoyage de l’environnement. Il précise les substances recherchées dans les différents milieux, les équipements de prélèvements à mobiliser et les personnels compétents ou organismes habilités qui vont réaliser ces premiers prélèvements. Les équipements peuvent être mutualisés entre plusieurs établissements via des conventions.

Prévoir des modalités de prélèvements dès la phase active de l’incendie par la cellule de crise, afin de qualifier la signature chimique de l’incendie sans attendre la constitution d’une cellule post-accident technologique par la préfecture.

Ces dispositions, qui concernent les sites soumis à POI, sont reprises dans le contenu du PDI des entrepôts soumis à autorisation.

Des annexes pourront rassembler les données liées aux compétences des personnels, aux formations, aux exercices, aux attestations de conformité…


Article extrait du n° 582 de Face au Risque : « POI-PDI : être opérationnel » (mai 2022).

Gaëlle Carcaly – Journaliste

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