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Yves Blein - Amaris

Interview. Yves Blein (Amaris) :
« Dans le domaine de la culture du risque, l’État n’est pas au rendez-vous »

Suite à l’annonce du plan d’actions gouvernemental « post-Lubrizol » du 24 septembre dernier, Amaris réagit par la voix de son président, Yves Blein. Le représentant de l’Association nationale des collectivités pour la maîtrise des risques technologiques majeurs, par ailleurs député LREM du Rhône, salue des mesures satisfaisantes mais s’inquiète de la prise en compte insuffisante de la culture du risque.

Article extrait du n°567 de Face au Risque : « Menaces et mise en sécurité des personnes » (novembre 2020).

Quels sont les points positifs que vous retenez du plan d’actions gouvernemental ?

Yves Blein. L’État a réagi en temps et en heure, tant mieux. Sur le plan de la modernisation du système d’alerte et sur l’évolution réglementaire, il n’y a rien à dire. La décision de basculer sur un système de cell broadcast pour alerter les populations est une bonne chose. C’est un outil tout à fait fonctionnel. Les sirènes pour alerter les populations ne constituent pas un bon vecteur d’alerte. D’abord, car on n’est pas capable de reconnaître les signaux, qui peuvent être différents selon la nature de l’accident. D’autre part, parce que leur efficacité est extrêmement limitée au milieu des bruits de la ville.

Le renforcement de l’Inspection des installations classées est aussi souhaitable. Ces agents de l’État sont importants pour le contrôle des industries à risque, et les exploitants eux-mêmes considèrent que ce sont des partenaires utiles qui les challengent sur des problèmes de sécurité.

Enfin, à propos de la création d’un Bureau enquête accident (BEA), pourquoi pas ? La mesure paraît spectaculaire, j’attends de voir quelle sera sa feuille de route.

Malgré ces avancées notables, Amaris déplore l’absence de propositions à destination des riverains, en amont des accidents…

Y. B. Tant qu’il reste dans le champ réglementaire, l’État maîtrise son sujet. En revanche, dans le domaine de la culture du risque, il n’est pas au rendez-vous. Je parle de la sensibilisation de la population habitant près d’un site à risques. Il faut lui apprendre d’une part à se familiariser avec cette proximité du risque et connaître la nature des dangers, et d’autre part, la pratique des bons gestes réflexes.

La question est de savoir comment on met les collectivités locales dans la boucle, comment on leur assigne et on leur reconnaît un rôle, car l’État ne peut pas tout faire. Clairement, sur ce sujet ce n’est pas lui qui a la main, car la culture du risque ne peut se développer qu’au niveau local. Mais c’est l’État qui peut inciter, motiver, stimuler les collectivités pour qu’elles assument cette responsabilité.


« La question est de savoir comment on met les collectivités locales dans la boucle […], car la culture du risque ne peut se développer qu’au niveau local. »


Vous pointez du doigt l’échec des commissions de suivi de site. Pourquoi cela ne fonctionne-t-il pas ?

Y. B. Pour un outil local qui pourrait faire prendre conscience à la population des risques, c’est totalement inadapté. J’ai coprésidé, avec le préfet du Rhône, le comité de suivi de la raffinerie de Feyzin. Vous avez le capitaine des pompiers, le préfet en uniforme, les délégués syndicaux, le représentant du site, les élus, et deux habitants qui osent à peine ouvrir la bouche. C’est un espace de concertation entre décideurs, mais en aucun cas un outil de sensibilisation en direction du grand public.

À Feyzin, le comité de suivi de site s’est réuni deux fois en cinq ans. À côté de cela, il y a beaucoup de collectivités qui ont créé des espaces de concertation entre exploitants et habitants riverains pour la connaissance de l’activité industrielle et des risques qu’elle comporte, les types d’accident qui peuvent être générés, la conduite à tenir en cas d’accident.

Pourquoi n’adopte-t- on pas une démarche de benchmarking de ces outils qui fonctionnent ? L’État pourrait inciter les collectivités, leur donner les outils et, éventuellement, les moyens, voire leur indiquer d’intégrer ces méthodes dans le plan communal de gestion de crise.