Colloque EFSN Paris 2026 : une participation record, l’innovation en vedette

26 mai 202610 min

À l’occasion de son colloque annuel EFSN, qui s’est tenu les 22 et 23 avril 2026 à Paris et a rassemblé plus de 600 personnes, Alan Brinson, fondateur de l’European Fire Sprinkler Network (EFSN), et Youcef Ouammou, directeur du département Prévention Ingénierie chez Axa France et référent EFSN pour la France, reviennent sur l’histoire, les missions et les perspectives d’avenir de leur organisation et du secteur de l’extinction automatique à eau.

Le Fire Sprinkler International 2026, organisé par l’EFSN, s’est déroulé les 22 et 23 avril à Paris © EFSN

Pouvez-vous nous présenter l’European Fire Sprinkler Network (EFSN) et la mission qu’il s’est fixée ?

Alan Brinson. La création de l’EFSN remonte à l’année 2003. À l’époque, je travaillais pour Johnson Controls – Tyco à l’époque – et nous constations une stagnation du marché du sprinkleur. Il était évident qu’il fallait agir, non seulement pour notre activité, mais aussi parce que l’ensemble des parties prenantes — fabricants, installateurs, assureurs, laboratoires — souhaitait voir l’usage de ces systèmes se développer pour améliorer la protection incendie. Grâce aux sprinkleurs, nous pouvons réduire de plus de 80 % le nombre de décès dus aux incendies. Notre ambition initiale était donc de fédérer ces acteurs autour d’un objectif commun : favoriser la croissance du marché, notamment en faisant évoluer le cadre réglementaire qui est axé sur la sécurité des personnes.

Aujourd’hui, nous comptons environ 120 adhérents, incluant des associations nationales comme le GIS (Groupement français des installateurs de sprinkleurs), des géants de l’assurance comme Axa et Zurich, des groupes industriels comme Vinci, mais aussi de plus petits installateurs. Tous partagent cet intérêt pour une amélioration tangible de la protection incendie.

Youcef Ouammou. L’EFSN a été créé au travers d’un credo fondateur : le sprinkleur sauve des vies. Il y a vingt ans, l’idée de promotion, ou de lobbying, était novatrice en France. Les actions étaient menées en ordre dispersé. Alan Brinson a apporté cette vision d’ensemble d’une action collective et collégiale, réunissant des intérêts variés autour d’une cause sociétale.

L’une des tâches les plus ardues a été de mettre en relation le monde de l’extinction automatique et les autorités de tutelles ainsi que les services de secours français. À l’époque, les pompiers avaient une connaissance limitée, voire dogmatique, du sprinkleur : ils le percevaient négativement comme une solution réservée aux risques les plus extrêmes. Schématiquement, dans les grands ERP de type centre commerciaux, ou bien dans les grandes ICPE. Notre travail a consisté à le présenter comme un outil de valorisation, intégré dans une logique systémique de prévention et de protection en complément de la détection et du désenfumage. Et ceci afin de faire évoluer la mentalité réglementaire française, qui voyait surtout le sprinkleur comme un outil destiné à la protection des biens mis en avant par les assureurs.

Alan Brinson, fondateur de l’European Fire Sprinkler Network (EFSN) © EFSN

« Grâce aux sprinkleurs, nous pouvons réduire de plus de 80 % le nombre de décès dus aux incendies. »

Alan Brinson, fondateur de l’European Fire Sprinkler Network (EFSN).

La technologie du sprinkleur est-elle plus ancrée dans certaines régions d’Europe que dans d’autres ?

A. B. Absolument, il existe une division nette entre l’Europe du Nord et l’Europe du Sud. Le pays où le sprinkleur est le plus utilisé est la Norvège. Avec seulement cinq millions d’habitants, son marché représente près de 40 % du marché français. Là-bas presque tout est sprinklé, à l’exception des maisons individuelles. Viennent ensuite la Suède, puis le Royaume-Uni.

Ma théorie, basée sur le retour d’expérience, est que les populations du Nord manifestent une conscience accrue du risque. Elles vivent davantage à l’intérieur des bâtiments en raison du climat, avec une charge combustible plus élevée dans les habitations. Elles ont connu des catastrophes qui ont marqué les esprits. À l’inverse, dans l’Europe du Sud comme en Italie, la vie se déroule plus à l’extérieur et les maisons sont moins meublées, avec des sols en matériaux incombustibles. Cependant, le risque demeure dans ces pays, notamment dans les immeubles de grande hauteur où l’évacuation demeure complexe.

Y. O. Cette distinction Nord-Sud se retrouve dans les approches constructives. La réglementation française, et plus largement celle du sud de l’Europe, a longtemps été basée sur l’intervention rapide des services de secours, en présence de structures classiques de béton-acier-verre à forte résistance au feu. La notion de structure combustible est bien plus présente dans les pays nordiques.

Aujourd’hui, ce paradigme évolue en France avec l’essor de la filière bois, promue par les pouvoirs publics. Cette transition nous oblige à repenser les moyens les plus efficaces pour sauver les personnes et les biens, et replace le sprinkleur au cœur des réflexions. Ce travail de fond de l’EFSN a commencé il y a près de vingt ans avec une étude sur le sprinkleur résidentiel menée par CNPP, lorsque nous cherchions des solutions pour la sécurité des Ehpad où la vulnérabilité des occupants rendait les schémas réglementaires classiques insuffisants.

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Quelles sont les spécificités du marché français du sprinkleur ?

A. B. En 23 ans, les ventes de têtes de sprinkleur ont plus que doublé dans le monde, et le marché français est en expansion constante. Cette croissance stable, bien que légère, attire les investisseurs, notamment les fonds de pension ou de grands groupes comme Vinci. Ils y voient une promesse de rentabilité future, ce qui est un indicateur très positif pour notre industrie.

De plus, la France ne se contente pas d’appliquer les normes, elle innove. J’ai été très heureux de voir autant de présentations françaises lors du colloque, notamment sur les aspects environnementaux. C’est la première fois que la participation française était autant axée sur l’innovation, une originalité par rapport aux éditions allemande, britannique, espagnole ou italienne du colloque.

Y. O. Le marché français est assez atypique. Il est dominé à environ 60 % par de grands groupes, souvent issus du CAC 40 comme Vinci ou Bouygues, qui agissent en tant qu’ensemblier-intégrateur sur de grands projets bâtimentaires. Les 40 % restants sont occupés par des PME ou des entreprises familiales, parfois très anciennes et dotées d’une grande technicité.

Sur le plan de l’activité, le marché se partage entre les constructions neuves et, majoritairement, les extensions de service après-vente et la maintenance, comme la trentenaire qui est une spécificité française. Car la plus grande spécificité du marché français est technique : environ 80 % des installations réalisées en France le sont selon le référentiel Apsad R1, une approche très franco-française, même si celle-ci s’inspire et s’adapte en permanence aux évolutions des normes internationales comme celles de la NFPA, de FM ou de l’EN 12845.

« Ce congrès est une invitation à travailler ensemble pour les différents acteurs de l’industrie du sprinkleur, et à accroitre et diversifier le cercle de nos adhérents. »

Youcef Ouammou, directeur du département Prévention Ingénierie chez Axa France et référent EFSN pour la France.

Youcef Ouammou, Directeur du Département Prévention Ingénierie chez Axa France et référent EFSN pour la France © EFSN

Quelle est la vocation du colloque annuel de l’EFSN, et comment expliquez-vous son succès grandissant ?

A. B. J’organise ce colloque pour plusieurs raisons. La première est de donner une identité à l’industrie du sprinkleur en même temps qu’un point de ralliement. C’est la manière la plus efficiente de partager l’information, d’échanger avec des chercheurs et des leaders du développement des normes. Cet événement donne également une impulsion au marché dans chaque pays où nous l’organisons, puisque nous changeons de lieu chaque année pour diffuser notre message à travers l’Europe. Nous sommes passés d’une centaine de participants à Prague tout au début, à 600 cette année à Paris, après des éditions à Londres, Amsterdam ou Salzbourg. Cette croissance témoigne d’un dynamisme et d’un intérêt croissant pour nos sujets.

Y. O. Le marché français du sprinkleur est très dynamique, il a besoin d’un tel événement. Installateurs, assureurs, bureaux d’études et laboratoires peuvent s’y retrouver pour échanger de manière holistique et dépassionnée. Le colloque permet de rapprocher tous ces mondes et d’accéder aux présentations d’experts mondiaux, comme ceux de FM ou de la NFPA. Il y a quelques années, il était inenvisageable d’entendre un officier de la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris (BSPP) parler ouvertement des bénéfices du sprinkleur. Aujourd’hui, grâce à ce travail de fond, les mentalités ont évolué. Le congrès est une plateforme pour communiquer sur ces progrès et s’acculturer collectivement aux nouvelles approches, comme le brouillard d’eau ou les solutions permises par la loi Essoc. Plus largement, c’est une invitation à travailler ensemble pour les différents acteurs de l’industrie du sprinkleur et à accroitre et diversifier le cercle de ses adhérents.

Au vu des interventions lors du colloque, quelles sont selon vous les innovations les plus significatives pour l’avenir du secteur ?

A. B. L’intervention de la représentante suédoise Anna Nauckhoff sur l’éventuelle utilisation de tuyauteries recyclées est une perspective révolutionnaire, encore impensable il y a peu. Mon expérience montre que ces développements environnementaux commencent systématiquement dans les pays nordiques avant de se diffuser vers le Sud. Cela nous laisse un peu de temps pour nous préparer en France, mais il ne faut pas négliger ces signaux.

Il faut également noter les défis posés par les nouveaux risques, comme le stockage des batteries lithium-ion. Le colloque est essentiel pour partager les résultats de la recherche, qui est souvent menée de manière cloisonnée aux États-Unis ou dans certains pays d’Europe. Cela évite de devoir systématiquement refaire les mêmes démonstrations dans chacun des pays.

Y. O. La France a démontré une capacité d’innovation remarquable lors de ce congrès. Le sprinkleur est connu comme un élément de prévention efficace et fiable, mais il est surtout reconnu parce qu’il est rustique. Au-delà de ce caractère rustique et fiable, des réflexions émergent sur des améliorations portant sur l’ensemble du cycle de vie du sprinkleur.

Nous avons vu des innovations très précises, visant par exemple l’économie d’eau lors des essais périodiques ou la solarisation des groupes de pompage pour les rendre autonomes en énergie. Mais il y a aussi une réflexion plus large sur la décarbonation de l’ensemble de la chaîne de production, avec l’étude de tubes bas carbone ou réutilisés, moins épais mais tout aussi durables. Fait notable, des entreprises se lancent dans une démarche RSE (responsabilité sociétale des entreprises) pour proposer des installations qui s’inscrivent dans la stratégie de développement durable de leurs clients.

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Bernard Jaguenaud, rédacteur en chef

Bernard Jaguenaud – Rédacteur en chef

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