Évacuation à l’ère du flex-office : qui sont vos serre-files aujourd’hui ?

30 avril 20265 min

Le modèle traditionnel d’organisation de l’évacuation, reposant sur des guides et des serre-files désignés et connus de tous, a fait ses preuves. Mais que vaut-il encore quand les bureaux se vident avec l’essor du télétravail ? Ou comment les responsables sécurité doivent inventer une organisation plus résiliente, agile et autonome.

Panneau évacuation dans des bureaux

La recette d’une évacuation ou d’une mise en sécurité réussie a toujours été l’humain : des collaborateurs formés, sédentaires et présents, capables d’endosser un rôle clair le jour J, avec une bonne dose d’organisation structurée et rigoureuse. Or, les calculs des effectifs de chargés d’évacuation deviennent caducs face à la nouvelle donne du travail et à une occupation variable des postes.

Avec près d’un salarié sur cinq pratiquant le télétravail au moins une fois par mois (deux sur trois parmi les cadres, Insee, 2023), la probabilité que le guide-file ou le serre-file désigné pour une zone soit absent le jour du sinistre n’est plus un risque, c’est une quasi-certitude. Si on y ajoute les congés et les arrêts maladie, mais aussi les doutes – formulés depuis longtemps par certains – sur la pertinence de distinguer les deux fonctions de guide-file et de serre-file, la chance devient le meilleur moteur de réussite.

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Notre dossier “Évacuation et mise à l’abri“.

Évacuation :  résoudre l’équation de la chaise vide

Cette situation crée deux points de rupture majeurs dans la chaîne de l’évacuation, et plus globalement de la mise en sécurité :

  • 1

    Le premier est l’incertitude sur l’encadrement. Sans la garantie d’avoir une équipe dédiée présente à tout moment, qui va donner l’ordre d’évacuer, rassurer et vérifier que personne ne reste en arrière ?

  • 2

    Le deuxième point, tout aussi critique, est celui du recensement au point de rassemblement. Les listes de présence papier, déjà peu fiables, deviennent inutiles. Comment savoir rapidement si un collaborateur manque à l’appel parce qu’il est en télétravail, en RTT, ou s’il est réellement piégé dans le bâtiment en feu ? Cette information est pourtant cruciale pour les services de secours.

« Le modèle de l’évacuation ne peut plus reposer sur la seule présence permanente de quelques salariés. La question n’est plus : qui est formé ? Mais : comment garantir qu’une personne compétente sera toujours disponible ? Cela impose de passer d’une logique de désignation à une logique d’autonomisation. »

Extrait du Guide pour l’évacuation et la mise en sécurité (CNPP Éditions).

Repenser l’organisation de l’évacuation : les solutions pragmatiques

Face à ce défi, de nouvelles approches émergent, plus pragmatiques, centrées sur la polyvalence et l’autonomie de l’ensemble du personnel.

Parmi les solutions opérationnelles que l’on peut envisager :

  • Le kit d’évacuation en libre-service
    Cette solution est la plus radicale en termes d’autonomie. Elle consiste à former l’ensemble du personnel aux missions de guide et de serre-file, puis à disposer, à des endroits stratégiques et bien identifiés, des kits contenant tout le matériel nécessaire : chasubles ou brassards, lampe, plan du secteur, etc. Dès l’audition de l’alarme, le premier collaborateur formé à l’évacuation se saisit du kit et endosse la responsabilité de guide-file pour sa zone, le second celle de serre-file. Si d’autres personnels formés sont présents, ils peuvent assister le serre-file (partage des secteurs). Si cette assistance n’est pas utile, ils doivent rejoindre le point de mise en sécurité (point de rassemblement ou zone de confinement). Le facteur humain devient une force collective plutôt qu’une chaîne de dépendances individuelles.

  • L’attribution dynamique des rôles
    Dans les entreprises utilisant des systèmes de réservation de poste, le rôle de chargé d’évacuation peut être attribué pour la journée. En arrivant, le collaborateur est informé via la borne ou l’application qu’il est le référent sécurité de son plateau pour la journée, avec une chasuble disposée sur le poste de travail concerné. Cette approche garantit la présence d’un contingent défini de personnes-relais, tout en s’adaptant à la mobilité des équipes.

  • L’évacuation autogérée
    Lorsque l’effectif est trop faible, n’importe quel occupant peut procéder à l’évacuation et à la mise en sécurité des personnes. Dans cette configuration, personne n’étant désigné au préalable pour guider l’évacuation, tous les personnels doivent avoir une parfaite connaissance de la conduite à tenir et des cheminements à emprunter.

  • La polyvalence
    Dans une configuration très organisée et structurée, avec un effectif de guide-files et de serre-files calculé de façon rigoureuse (en fonction des scénarios possibles, de la configuration des locaux, des personnes à déplacer et des risques d’absence – horaires décalés, congés, maladie, formation, modalités de travail, etc.), l’agilité reste possible avec des chargés d’évacuation et/ou de confinement formés aux deux fonctions.

Ces transformations s’inscrivent dans une tendance de fond. Les entreprises qui réussissent le mieux le passage au travail hybride sont celles qui ont repensé les pratiques managériales et organisationnelles. La sécurité n’échappe pas à cette règle : le défi n’est plus seulement technique ou réglementaire, il est aussi culturel et sociétal.

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Anne Mesnil, responsable éditoriale au CNPP

Anne Mesnil

Responsable éditoriale chez CNPP

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