Les dispositifs anti-véhicule bélier

7 décembre 20239 min

Les attentats de Nice du 14 juillet 2016, durant lesquels le conducteur d’un camion poids lourds lancé sur la promenade des Anglais avait provoqué le décès de 86 personnes, ont marqué un tournant en matière de sécurité. Les dispositifs contre les véhicules bélier ne cessent de se diversifier depuis cette date charnière.

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Qu’est-ce qu’un dispositif anti-véhicule bélier ?

« Un vrai matériel anti-bélier répond à une norme, est certifié par crash test et est capable d’arrêter un véhicule d’un certain tonnage et lancé à une vitesse définie par cette même norme », explique Thomas Bececchi, responsable commercial Produit sûreté & Aménagement urbain chez Amco du groupe LBA, une société française spécialisée dans la conception de dispositifs anti-véhicule bélier (barrières et bornes escamotables).

Parmi les dispositifs visant à empêcher l’accès à des véhicules béliers, on retrouve notamment les :

  • barrières ;
  • bornes ;
  • obstacles escamotables ;
  • ou encore les blocs de béton.

Précisons que les herses permettent de ralentir le véhicule en crevant les pneus mais ne stoppent pas sa progression de manière nette. Les herses peuvent malgré tout être couplées à des barrières certifiées pour remplir cette mission d’arrêt du véhicule.

Les barrières

Comme expliqué dans l’article « Protection contre la voiture bélier et autres véhicules » (Face au Risque n° 539 – février 2018, également disponible sur notre site internet), « les barrières levantes sont des obstacles physiques composés d’une lisse montée et d’un bras articulé. Différentes finitions et différents aspects sont possibles. Pour les sites à hauts risques d’intrusion, une lisse très lourde et un acier renforcé permettent à la barrière de résister aux véhicules bélier. »

Outre les barrières levantes, de nombreux fabricants se sont inspirés des barrières mobiles israéliennes contre les véhicules bélier fonctionnant comme une mâchoire qui se referme, et proposent des barrières modulables amovibles.

Contrairement aux barrières levantes, les amovibles peuvent être installées de manière provisoire et à différents endroits le temps d’un festival, d’un marché de Noël, d’une manifestation ou d’un événement sportif.

Au rayon innovation, le groupe LBA a profité du savoir-faire de ses deux marques – La Barrière Automatique (spécialisée dans la fabrication de barrières) et Amco Les Escamotables (fabricant de bornes fixes et escamotables depuis 1984) – pour lancer une barrière haute sécurité crashtestée capable de stopper un véhicule de 7,2 tonnes lancé à 80 km/h.

Notons que les barrières sont pour la plupart crashtestées et certifiées selon la norme britannique BSI PAS 68 : 2013 ou la nouvelle norme ISO 22343-1 : 2023 (qui, le 15 septembre 2023, a officiellement remplacé l’accord IWA 14-1 : 2013).

Crash test d'un camion sur les barrières amovibles certifiées de l'entreprise Pitagone - Crédit: Pitagone
Un camion lancé réalise un crash test sur des barrières amovibles certifiées.

Dans les grandes lignes, cette nouvelle norme « Sécurité et résilience — Barrières de sécurité pour véhicules — Partie 1 : exigence de performance, méthode d’essai d’impact de véhicule et évaluation des performances » définit « les exigences de performance aux chocs pour une barrière de sécurité pour véhicule et une méthode d’essai pour évaluer ses performances lorsqu’elle est soumise à un seul impact par un véhicule d’essai (n’excédant pas 25 mètres et non conduit par un être humain) », précise l’Organisation internationale de normalisation (ISO).

Comme le précédent accord IWA14-1 : 2013, cette méthode prend notamment en compte l’angle d’impact, la vitesse d’impact ou encore le type de véhicule.

Mise en place de barrières amovibles dans un périmètre de sécurité - Crédit: Pitagone
Mise en place de barrières amovibles dans un périmètre de sécurité.

Les bornes

Utilisées pour délimiter des zones (piétonnes ou de stationnement), sécuriser les espaces extérieurs ou contrôler les accès, les bornes sont classifiées selon leur capacité à résister à un impact d’un certain type de véhicule lancé à une vitesse définie.

À la différence des barrières, les bornes n’empêchent pas le passage des véhicules deux-roues motorisés ou des vélos par exemple. Depuis le 20 avril 2001, ces systèmes anti-véhicule doivent répondre aux exigences de la norme NF P 98-310, dont voici les principales caractéristiques :

  • passage forcé impossible sous peine de détérioration du véhicule ;
  • résistance à une charge de 1,5 t lancée à 40 km/h ;
  • hauteur de 500 mm pour un diamètre de 245 ou 159 mm ;
  • temps de manœuvre – montée ou descente – de trois secondes pour une borne et de dix secondes pour deux bornes asservies, plusieurs bornes pouvant être gérées à partir d’une même centrale et d’une même logique de commande, une distance maximum de 1,5 mètre entre deux bornes étant préconisée ;
  • protection de toutes les pièces contre la corrosion, un joint caoutchouc assurant l’étanchéité entre la borne escamotable et le bâtiment.

Certaines bornes peuvent résister à la charge d’un camion de plusieurs tonnes lancé à une vitesse de 50 à 80 km/h et sont donc adaptées à des sites redoutant des attaques au véhicule bélier. Il faut veiller au scellement du système qui conditionne la résistance.

On trouve différents types de bornes dans les dispositifs anti-véhicule bélier. Les deux principaux sont :

  • les bornes fixes, qui restent en place de manière inamovible ;
  • les bornes escamotables, qui se rétractent dans le sol pour permettre le passage aux véhicules autorisés.

À ces deux types de bornes viennent depuis très récemment s’ajouter les « bornes coulissantes ». Ces dernières sont notamment développées par l’entreprise ISR Innovations. Au lieu de se rétracter dans le sol, les bornes glissent sur le côté au passage d’un véhicule autorisé. Ce qui permet entre autres de répondre à des problématiques d’encombrements des sous-sols.

Les obstacles escamotables

À noter par ailleurs que des systèmes analogues comme les obstacles escamotables, type rampe, permettent d’interdire l’accès à tous les véhicules motorisés (y compris les deux-roues) en bloquant la totalité de la voie.

Sur le même principe que les bornes escamotables, les obstacles sortent du sol pour empêcher les véhicules d’accéder à une zone.

L’émergence des blocs de béton

À l’occasion d’événements temporaires (festivals, fans zones, manifestations…), il est possible de mettre en place des blocs de béton pour empêcher le passage des véhicules.

Depuis les attentats de Nice, de nombreuses entreprises tentent ainsi de s’immiscer sur le marché des dispositifs anti-véhicule bélier en proposant des blocs de béton. Si l’idée semble séduisante sur le papier, la réalité peut s’avérer différente.

Les vidéos de tests publiées par Dekra en 2017 sont sans appel : en cas d’attaque terroriste avec un camion lancé à 50 km/h, les blocs de béton simplement posés sur le sol peuvent – au mieux – endommager le véhicule et le ralentir… mais en aucun cas l’arrêter avant plusieurs dizaines de mètres.

Ces solutions par blocs se heurtent d’ailleurs très souvent aux tests de certifications, quand ces tests sont effectués. Résultats : beaucoup de ces entreprises mettent sur le marché des produits non-certifiés.

Outre le fait qu’une trop grande part de ces solutions ne sont ni certifiées ni même testées, elles peuvent également comporter un risque dans le dispositif global d’un périmètre de sécurité. En empêchant par exemple les services de secours de se rendre sur la zone si la totalité de la route est bloquée par un bloc de béton.

BlocStop, un cas à part

Parmi les entreprises qui proposent des solutions comportant des blocs, BlocStop est l’une des rares qui fait aujourd’hui l’unanimité sur le marché hexagonal. La réussite de cette société française fondée en 2016 passe notamment par sa compréhension du domaine de la sécurité.

Contrairement à une large part des entreprises conceptrices de blocs, BlocStop met uniquement sur le marché des solutions certifiées (IWA14-1 : 2013 et PAS68) par Transpolis, l’un des principaux organismes de certification en France dans le domaine des dispositifs anti-véhicule bélier.

« L’objectif est de tenir compte d’une seule chose : quel véhicule peut pénétrer, à quel endroit et à quelle vitesse ! La réponse à cet objectif doit aussi intégrer la possibilité d’ouvrir temporairement le dispositif pour le passage des véhicules de secours notamment, mais aussi s’adapter aux contraintes du terrain souvent sur voie publique avec la prise en compte de trottoirs ou de passages piéton par exemple. »

Abdel Feghoul, PDG de BlocStop.

Ouverture du dispositif anti-véhicule bélier lors du Sommet du G7 en 2019 - Crédit: BlocStop
Ouverture du dispositif anti-véhicule bélier lors du Sommet du G7 en 2019.
La barrière Snake certifiée de BlocStop - Crédit : BlocStop
La barrière Snake certifiée de BlocStop.

En termes de conception, l’entreprise bordelaise sait également tirer son épingle du jeu en pensant de manière globale. Preuve en est par exemple avec sa barrière Snake.

Cette solution de BlocStop se compose de deux blocs de béton attachés entre eux et séparés par une barrière customisée, elle aussi certifiée par Transpolis pour sa résistance à la charge d’un véhicule de 7,5 tonnes lancé à 64 km/h.

Ce bloc permet à la fois de remplir une mission anti-intrusion mais également d'orienter le public - Crédit: BlocStop
Ce bloc de béton permet à la fois de remplir une mission anti-intrusion et d’orienter le public.

Outre le fait de résister à une charge, ce dispositif permet également de favoriser l’accès ou la sortie des secours du périmètre de sécurité grâce à l’ouverture de la barrière.

Le savoir-faire de cette entreprise en termes de grands événements est assez notable. La société a été sollicitée pour assurer le dispositif du périmètre de sécurité au Sommet du G7 à Biarritz en 2019, lors de la récente Coupe du monde de rugby 2023 en France, et le sera également pour les Jeux olympiques de Paris 2024.

Dans sa volonté de proposer des solutions complètes de sécurité, BlocStop a par ailleurs conçu des blocs de béton permettant à la fois de remplir une mission anti-intrusion mais aussi d’assurer la communication lors d’événements internationaux grâce à un écran LED en hauteur, sur lequel des messages en plusieurs langues sont diffusés pour orienter le public et éviter un nouveau fiasco comparable à celui du 28 mai 2022 au Stade de France.

Des messages sonores sont également diffusables.


Article extrait du n° 597 de Face au Risque : « Construction bois et sécurité incendie » (novembre 2023).

Eitel Mabouong – Journaliste

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