Arseniques

10 octobre 20237 min

L’ONG Robin des Bois alerte sur les dangers des décharges d’arsenic et sur la récente décision de l’État de maintenir enfouies les 42000 tonnes de ces déchets hautement toxiques sur le site de Stocamine en Alsace en dépit des risques pour la nappe phréatique et pour les générations à venir.

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Le 16 septembre 2023, les crues de l’Orb et de son affluent la Theys ont submergé des décharges de résidus miniers contenant de l’arsenic, du plomb et du cadmium sur la commune de Roqueredonde dans le département de l’Hérault. Ces décharges sont inscrites par l’État dans les bases de données sur les sites pollués et dans les fiches Secteurs d’information sur les sols (SIS).

Les résidus proviennent de la Société minière, métallurgique et chimique de l’Orb (SMMCO), sise à Ceilhes-Rocozels, commune mitoyenne de Roqueredonde. Ce complexe minier et industriel a fabriqué des plombs de chasse et des pesticides, notamment le Pénarsol.

Les fumées toxiques rejetées par la SMMCO retombaient sur les montagnes voisines empêchant la végétation de pousser. Certains éleveurs dont les bêtes seraient allées paître sur les prairies de ces montagnes, se plaignaient qu’elles tombaient malades et donnaient un mauvais lait. En décembre 1915, du vin provenant des vignes situées en face de l’usine est suspecté de contenir de l’arsenic. Certains de nos soldats l’ayant bu en sont tombés malades. Des analyses seront faites pour détecter une présence d’arsenic dans le vin.

Ceilhes et Rocozels à travers les siècles, Christian Vabre, 1999

Des décharges d’arsenic qui ne préoccupent pas l’État

Les décharges d’arsenic sont aujourd’hui clôturées et plus ou moins interdites d’accès. Elles contiennent à la fois des résidus d’exploitation et des gravats de démolition. Des panneaux ont été récemment affichés « Accès interdit, ancien site minier, défense d’entrer, propriété privée ». Sous le « propriétaire privé », se terre BRL, la Compagnie d’aménagement du Bas-Rhône et du Languedoc.

L’accès est interdit mais les clôtures et barrières précaires n’empêchent pas les enfants d’entrer et les animaux d’y rechercher une maigre pitance empoisonnée.

Et surtout ces décharges sont en terrains inondables. Elles sont directement exposées aux épisodes cévenols et aux inondations torrentielles du bassin de l’Orb. Il ressort de l’alerte d’un habitant à Robin des Bois que ces décharges ont été submergées et lessivées le 16 septembre 2023.

Il ressort aussi d’une conversation avec Monsieur le Maire de Roqueredonde en date du 21 septembre qu’aucun service de l’État ne s’est jusqu’alors officiellement préoccupé de la diffusion de l’arsenic, du plomb et du cadmium dans les jardins, les potagers, les puits, les abreuvoirs, les écosystèmes aquatiques de l’aval et les eaux thermales. L’Orb se jette dans la Méditerranée à Valras-Plage.

Le Pénarsol de l’Hérault enfoui en Alsace

En 2001, Charlotte Nithart et Jean-Pierre Edin, les Arsènes de Robin des Bois, avaient lancé un pavé dans les mares d’arsenic de l’Hérault après le SOS du nouveau propriétaire du Moulin du Capitoul au bord de la Lergue à Lodève qui suintait le Pénarsol. Leur enquête a prouvé que ces pesticides titrant 25% d’arséniate de calcium, interdits en 1973 et jusqu’alors utilisés en particulier dans la lutte contre le doryphore et le traitement des vignes, avaient aussi été stockés dans l’enceinte de

Arseniques-Robin des Bois- Crédit: JP Edin Robin des Bois 2001 – site de Roqueredonde
Site de Roqueredonde
Crédit : J.P. Edin / Robin des Bois – 2001

l’ex-usine d’engrais Cofaz à Sète, dans la décharge d’Aspiran et dans l’emprise de l’ex-usine à gaz de Lodève. Ils avaient en plus mis au grand jour des stocks de résidus d’arsenic près de la gare de Roqueredonde et à Ceilhes-Rocozels.

Les résidus pollués à l’arsenic enfouis sous les gazomètres de l’usine à gaz ont été extraits en automne 2001 et dirigés sur Stocamine dans les galeries souterraines des MDPA (Mines de potasse d’Alsace), un an avant l’incendie de septembre 2002.

42 000 tonnes de déchets toxiques resteront enfouies sur le site de Stocamine

La réunion du Conseil supérieur de prévention des risques technologiques (CSPRT) du 12 septembre 2023 à Paris La Défense a été le dernier obstacle réglementaire préalable à l’abandon de 6 874 tonnes de déchets arséniés et de 35 126 tonnes d’autres déchets toxiques dans les MDPA, à Wittelsheim, à 550 mètres de profondeur.

La directrice des MDPA, deux sous-directeurs et les services déconcentrés de l’État en Alsace ont, à l’unisson, confirmé qu’il n’y avait aucun bénéfice environnemental à remonter les déchets à la surface.

Le bénéfice moral et le respect de la parole donnée n’ont pas été le moins du monde par eux abordés (l’arrêté préfectoral d’autorisation de Stocamine en 1997 ouvrait la voie à la récupération des déchets au terme de 30 ans d’exploitation). Une telle désinvolture enlève du crédit au projet de stockage géologique des déchets radioactifs (Cigeo).

Les pollutions de la nappe alluviale du Rhin consécutives à l’abandon des déchets ne seront pas quantifiables avant 1 000 à 3 000 ans selon les estimations des cabinets de voyantes qui accompagnent l’État dans cette démarche prédictive. À l’exception du mercure, les contaminations des eaux souterraines et superficielles ne dépasseront pas dans cet horizon plurimillénaire les seuils réglementaires fixés par l’arrêté ministériel du 11 janvier 2007. Pour l’arsenic, le baryum, le cadmium, les cyanures, le chrome, le cuivre, le nickel, le plomb et l’antimoine, tout est OK.

De même les polluants gazeux susceptibles de déboucher à la surface en l’an 3000 après J.C. ou en l’an 5000 n’entraîneront pas de risques sanitaires au regard des seuils actuels de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Les seuils d’aujourd’hui seraient gravés dans le marbre comme sur les tombes des cimetières. Trois plaques de titane gravées transmettront aux très lointaines générations futures le signalement de ce fardeau et de cette menace préhistorique.

Colmatage et surveillance du stockage souterrain

La garantie de l’État pour couvrir la réalisation des travaux de colmatage des galeries et la surveillance du stockage souterrain s’élève à 160 millions d’euros et se clôturera en 2030 (ne pas confondre avec 5030).

5 650 m3 de « béton spécial » pour obturer les galeries de stockage seront descendus par les puits et récupérés en bas par des petits camions toupies. Les travaux de colmatage et de bétonnage des galeries exposeront les ouvriers à des risques physiques et sanitaires. Rien de précis n’a été dit sur ce béton spécial, les MDPA se disent incompétentes sur la formulation et ne pas savoir si dans les adjuvants il y aura du plomb ou d’autres substances anticorrosion.

Questionnées sur l’origine des 100.000 m3 de « matériaux inertes » qui seront injectés au-dessus des galeries obturées par des bouchons de béton, les MDPA précisent qu’il s’agit de béton de démolition d’installations urbaines ou industrielles broyé. Ces 100.000 m3 de béton sont donc 100.000 m3 de déchets supplémentaires.

Contrairement au dogme de l’économie circulaire, rien ne serait valorisable aujourd’hui, demain ou après-demain, pas même les 10 tonnes d’or amalgamées à certaines familles de déchets.

Des votes contre

Le projet de l’État et des MDPA n’est pas passé comme une lettre à la poste au moment du vote du CSPRT. Robin des Bois, France Nature Environnement, le GSIEN (Groupement de scientifiques pour l’information sur l’énergie nucléaire), la CFDT, la CGT, Amaris (Association nationale des collectivités pour la maîtrise des risques technologiques majeurs) ont voté contre. Deux avocates membres titulaires du CSPRT et la représentante de la CFE-CGC (Confédération française de l’encadrement – Confédération générale des cadres) se sont abstenues.

Robin des Bois, France Nature Environnement, le GSIEN, la CFDT, la CGT, Amaris ont voté contre le projet de l’État.

Le verbatim de la réunion devrait être disponible courant octobre.

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Robin des Bois

Association fondée en France en 1985 ayant pour objectif la protection de l’Homme et de l’environnement par toutes formes de réflexion et d’actions non violentes.

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