Atmosphères explosives : prévenir l’explosion

1 mars 20208 min

Constituée de gaz, de vapeurs, de brouillards ou de poussières, l’atmosphère explosive (Atex) présente des dangers : elle est quasi-imperceptible par l’être humain, parfois instable dans son état et inflammable aux sources d’énergie. Le risque d’explosion, par la soudaineté de la réaction et ses effets potentiellement dévastateurs, doit être soigneusement anticipé en amont.

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L’article R.4227-43 du code du travail définit ainsi l’atmosphère explosive : « Un mélange avec l’air, dans les conditions atmosphériques, de substances inflammables sous forme de gaz, vapeurs, brouillards ou poussières, dans lequel, après inflammation, la combustion se propage à l’ensemble du mélange non brûlé ».

Si le secteur industriel, et notamment l’industrie de la chimie, du fait de l’utilisation de substances inflammables, est particulièrement concerné, la réglementation Atex a vocation à s’appliquer à l’ensemble des lieux de travail, quelles que soient les activités exercées. À l’exception des zones servant au traitement médical de patients, de l’utilisation des appareils à gaz, des activités de manipulation d’explosifs et de substances chimiques instables.

Ils sont liés à l’instantanéité de la combustion et à la production d’un effet de souffle (espace confiné), accompagné de flammes et de chaleur. L’explosion entraîne souvent un incendie, et parfois toute une cascade de catastrophes. Ses effets sont souvent dévastateurs sur le plan matériel (destruction des installations, dégradations des structures, effondrement des constructions). Si les explosions représentent un faible nombre d’accidents du travail, leur gravité est souvent supérieure à celle d’autres accidents du travail. Elles peuvent entraîner des lésions auditives et pulmonaires, des traumatismes par percussion d’objets, et peuvent aller jusqu’au décès de la personne accidentée. Selon les statistiques de la direction des risques professionnels de la Caisse nationale de l’assurance maladie des travailleurs salariés (CNAMTS), on dénombre en moyenne, sur les dix dernières années, 150 accidents par an ayant engendré un arrêt de travail dont 25 accidents graves (impliquant une incapacité permanente) et 4 décès (Source : INRS – 2018).

La réglementation Atex

La prévention des risques liés à la présence d’atmosphères explosives sur les lieux de travail s’appuie sur deux directives européennes :

  • la directive 1999/922/CE du 16 décembre 1999 constituée de prescriptions visant à améliorer la protection en matière de sécurité et de santé des travailleurs susceptibles d’être exposés au risque d’atmosphère explosive ;
  • la directive 2014/34/UE du 26 février 2014 relative aux appareils et systèmes de protection destinés à être utilisés en atmosphère explosive.

L’application des principes généraux de la prévention du risque d’explosion se fait schématiquement en suivant trois étapes :

  • empêcher la formation d’atmosphère explosive ;
  • si cela n’est pas possible, éliminer les sources d’inflammation ;
  • atténuer les effets potentiels d’une explosion.

Ces trois priorités doivent être complétées de mesures organisationnelles, notamment la formation du personnel.

Concrètement, le chef d’entreprise devra mener une évaluation des risques, classer les lieux de travail à risques par zone, rédiger et mettre à jour le DRPCE (Document relatif à la protection contre les explosions – annexé au Document unique) résumant l’ensemble des dispositions prises pour réduire les risques.

Les derniers accidents graves en France

17 février 2018 – Dieppe (Seine-Maritime)
Le 17 février 2018, une explosion, suivie d’un incendie, retentit à l’usine Saipol de Dieppe, spécialisée dans la transformation de graines de colza en huile végétale. Deux techniciens d’une entreprise de maintenance effectuaient une opération de vidange en utilisant un solvant, de l’hexane, pour réparer une panne survenue la veille dans l’atelier d’extraction. Les deux techniciens sont décédés, sept personnes sont blessées et plusieurs autres sont en état de choc. L’exploitant et le sous-traitant sont mis en examen pour : « homicide involontaire par violation manifestement délibérée d’une obligation particulière de prudence et de sécurité ».

6 juin 2018 – Strasbourg (Bas-Rhin)
Un silo de 24 500 tonnes de maïs est à l’arrêt pour maintenance annuelle. Une opération de soudure programmée est réalisée par des sous-traitants dans la tour de manutention au niveau de l’élévateur. Simultanément, deux opérateurs procèdent à un nettoyage quelques étages plus haut. Une première explosion se produit dans la tour de manutention au niveau des élévateurs. Le front de flamme et l’onde de choc se transmettent ensuite à la zone des cellules de stockage. Deux sous-traitants et un opérateur du site sont grièvement brûlés. Un autre employé est blessé.

7 juin 2018 – Saint-Julien-du-Sault (Yonne)
L’entreprise, classée Seveso seuil haut, est spécialisée dans l’étanchéité et l’isolation. Des travaux de maintenance sur le réseau de chauffage effectués par une société extérieure sont à l’origine du sinistre. Deux ouvriers auraient utilisé une disqueuse à proximité d’un lieu où étaient entreposés des solvants, ce qui a entraîné une explosion. L’incident a fait trois blessés, dont deux en urgence absolue (brûlures).

21 mars 2018 – Saint-Sulpice (Tarn)
Deux intervenants d’une société de sous-traitance procèdent au nettoyage d’une cuve extérieure enterrée pouvant contenir 35 m³ d’acétate d’éthyle. Soudain, une explosion se produit dans cette entreprise classée Seveso, alors que la trappe d’accès à la cuve est ouverte. L’exploitant déclenche le POI. Une cinquantaine de pompiers met en place un rideau d’eau autour des cuves. Les sous-traitants sont grièvement brûlés.

Le « zonage » Atex

Cette opération consiste à identifier les zones à risque d’explosion sur le lieu de travail. Elles sont classées en fonction de la fréquence et la durée de la présence d’une atmosphère explosive. La directive Atex définit ainsi trois zones pour chaque type de substances inflammables : les gaz, vapeurs et aérosols (notées 0, 1, 2) d’une part, et les poussières (notées 20, 21, 22) d’autre part. Selon la note, la probabilité d’atmosphère explosive est considérée :

  • haute pour les zones 0 et 20 (atmosphère explosive présente en permanence en fonctionnement normal) ;
  • moyenne à faible pour les zones 1 et 21 (atmosphère explosive occasionnelle en fonctionnement normal) ;
  • très faible pour les zones 2 et 22 (atmosphère explosive accidentelle ou de très courte durée).

Ces zones, classées par degré de risque, sont à chaque fois dimensionnées en volume et font l’objet d’une signalisation adaptée sur le lieu de travail.

Selon les mesures de prévention techniques et organisationnelles prises par l’employeur, il sera possible d’affiner ce zonage initial. Par exemple, en agissant sur la ventilation ou le dépoussiérage, il est possible de baisser le niveau de risque, et donc de déclasser une zone initiale ou de réduire ses dimensions.

L'hexagone de l'explosion Atex -Crédit: INRS

Ces six conditions doivent être réunies simultanément pour qu’une explosion ait lieu.

Les matériels

Une fois le zonage effectué, l’action de prévention s’attachera en premier lieu à mettre hors zone Atex le plus de matériel possible. Il faudra étudier ensuite les conditions d’installation des matériels électriques et non électriques, susceptibles d’engendrer une source d’inflammation dans les zones Atex définies. Ces sources d’inflammation sont de nature électrique, électrostatique, thermique, mécanique, chimique, bactériologique, climatique… Les matériels installés dans les zones Atex doivent être conformes à la réglementation relative à la conception des appareils et systèmes de protection destinés à être utilisés en atmosphère explosive.

Les mesures organisationnelles

L’action de prévention, outre le zonage et l’installation de matériel Atex, intéressera tout un ensemble de mesures concernant :

  • les procédés : refroidissement du process et captage d’éléments métalliques ;
  • la signalisation et la signalétique des zones et du matériel concernés ;
  • le contrôle : installation de différents détecteurs (élévation de température, de pression, bourrage…) et d’explosimètres ;
  • les procédures : plan de prévention, permis de feu et autorisation de travail en zone Atex, port de vêtements appropriés, formation des intervenants ;
  • la formation : sensibilisation de l’ensemble du personnel, formation spécifique des personnels œuvrant dans et à proximité des zones Atex et des équipes de maintenance interne, prise en charge particulière des intérimaires…
  • la formalisation des interventions des entreprises extérieures ;
  • la gestion des alarmes.

Les mesures de protection

Dans le cas où une explosion se produirait, il faut envisager des mesures de protection visant à atténuer ses effets. Ces actions peuvent concerner le confinement (évents d’explosion), la configuration des locaux (compartimentage, résistance des matériaux…), des systèmes de découplage technique qui empêchent la propagation d’une explosion primaire au reste de l’installation.

L’explosion de l’usine Saipol spécialisée dans l’huile végétale s’est produite lors d’une opération de maintenance le 17 février 2018. Deux techniciens ont perdu la vie et sept personnes ont été blessées.

Explosion à l'usine Saipol le 17 février 2018 - Crédit: Sdis76

Article extrait du n° 560 de Face au Risque : « Atex : éviter l’explosion » (mars 2020).

Bernard Jaguenaud, rédacteur en chef

Bernard Jaguenaud – Rédacteur en chef

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