Le télétravail, nouveau mode de fonctionnement par défaut des entreprises ?

2 juin 20206 min

La pandémie de Covid-19 a contraint les entreprises à prendre des décisions dans l’urgence afin de maintenir un minimum d’activité. Le télétravail s’est ainsi imposé comme la mesure phare des plans de continuité durant les deux mois de confinement qui ont touché la France, au sein de sociétés pouvant se permettre ce type mode de fonctionnement.
Si l’on en croit certains intervenants du Club de la presse informatique B2B, cette mesure devrait s’imposer dans le temps… y compris pour des entreprises qui y étaient pourtant fermement opposées avant cette crise sanitaire.

Le Covid-19 accélérateur du télétravail en France

Cela fait à présent pratiquement un mois que le confinement a pris fin en France métropolitaine. Au regard des files d’attente devant des enseignes comme McDonald’s (en drive) ou Zara à leur réouverture dans l’Hexagone, il y a fort à parier que le fameux « monde d’après » ne se reflétera pas via le prisme du mode de consommation.

À défaut d’un changement total et brutal de comportement, c’est par petites touches que le « monde d’après » devrait bel et bien se manifester. À commencer par certaines habitudes de travail.

Preuve en est avec le télétravail. Refusé dans de nombreuses entreprises françaises ces dernières années – très souvent par une hiérarchie craignant une perte d’efficacité des collaborateurs depuis leur domicile – le télétravail a pourtant été la principale réponse au moment d’élaborer un plan de continuité d’activité, dans les secteurs où ce mode de fonctionnement était envisageable.

« Les infrastructures permettant le télétravail étaient majoritairement déjà présentent dans les entreprises. Il y avait une forte demande des salariés. Les réticences provenaient surtout de dirigeants ou de responsables. La tendance au télétravail était déjà là, mais c’est un projet qui stagnait depuis des années dans certaines entreprises. Le Covid-19 a simplement accéléré le processus » confiait ainsi Stéphane Berthaud – directeur technique chez Veeam (société spécialisée dans la gestion de données dans le cloud) – à l’occasion de la conférence du Club de la presse informatique B2B du mercredi 13 mai 2020.

« Les gens ont eu un regard positif sur le télétravail » ajoute Jonathan Gosselin, general manager chez Nutanix (éditeur de logiciel dédié au cloud). Et lorsqu’il s’agit de traduire ce regard neuf par les chiffres, cette évolution sur le travail à distance devient rapidement plus éloquente.

« Sur la plateforme Zoom, on est passé de 10 millions à 300 millions d’utilisateurs par jour début avril avec le télétravail. Les réunions sont plus directes, on va rapidement à l’essentiel. On tourne moins autour du pot » lâche Philippe Wojcik, cloud platform architect senior manager chez Oracle.

Bugs et piratages… les risques techniques du travail à distance

L’intéressé n’a toutefois pas oublié de soulever certaines contraintes liées à ce mode de fonctionnement. Notamment les potentiels bugs de connexion.

« En réalité, ces bugs ne sont pas plus problématiques que le temps que l’on peut passer dans les bouchons ou les transports en commun les matins ou le soir » précise-t-il.

Il est vrai qu’entre une heure à passer dans le métro ou une attente de 5 à 10 minutes – cumulées dans la journée – pour le chargement d’une application, le choix paraît plus qu’évident.

Outre les bugs, la perte, le craquage ou le piratage de données représentent de réelles menaces. Plus particulièrement dans le cas de figure du télétravail, qui nécessite inéluctablement l’échange d’informations à distance. « Le télétravail implique l’utilisation de plateformes de packages comme Teams, Zoom, Skype… Il y a donc plus de transfuges de données » relate Stéphane Berthaud.

Des risques qui impliquent, de fait, pour les entreprises une nouvelle répartition des coûts en infrastructure IT. Ces derniers peuvent d’ailleurs varier selon les futures ambitions des dirigeants concernant le travail à distance.

Stéphane Berthaud voit d’ailleurs deux phases dans le processus lié au télétravail, qui impose des investissements de protection et d’optimisation du cloud afin d’éviter au maximum les menaces sur un travail à distance.

« Dans la phase 1 (avec le confinement), les entreprises ont dû répondre à une urgence. Peu importe le coût, il fallait payer » pour maintenir au mieux l’activité. « Dans la phase 2, il s’agit de s’adapter avec une vraie stratégie. Le coût sera différent s’il s’agit d’une réponse à une situation temporaire ou s’il s’agit d’une nouvelle stratégie de travail sur le long terme ».

Le télétravail déjà comme une évidence

Pour le court comme pour long terme, ces deux mois de confinement auront inéluctablement changé les opinions sur le travail à distance. D’une simple option, le télétravail s’est transformé en obligation entre la mi-mars et la mi-mai 2020… Et, si ce n’est déjà le cas, il est désormais en passe devenir la nouvelle norme dans de nombreuses entreprises.

Le 6 mai 2020 « PSA a annoncé que le télétravail deviendra le mode par défaut » pour ses activités hors production rappelle le directeur technique de Veeam.

« Le télétravail est d’ailleurs en passe de devenir une norme dans des entreprises qui étaient pourtant fermées à ce principe avant le confinement. L’impact va être massif. C’est parti pour durer » prédit-il.

« Le télétravail est la nouvelle normalité. C’est une évolution sociétale qui se met en place. À la faveur de cette énorme crise sanitaire, on a pu transformer la façon de travailler. Il y aura un « monde d’avant » et un « monde d’après ». Il ne s’agira pas de tout le temps travailler à distance, mais il y a des gains humains à exploiter » argue de son côté Christophe Lopez-Castel, directeur channel France chez Citrix (fournisseur de solutions de cloud computing).

« Le télétravail va permettre de revoir la façon de travailler, de permettre des gains et une souplesse de travail. Le rôle du RSSI va changer et il faudra définir un nouveau modèle d’organisation dans les entreprises » conclut quant à lui Philippe Wojcik.

Si le télétravail présente d’indéniables avantages, la principale difficulté reste néanmoins de ne pas tomber dans les nombreuses dérives déjà dénoncées qu’il génère par ailleurs…

Eitel Mabouong

Eitel Mabouong

Journaliste

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