Publicité

La place du numérique dans la formation. (Photo d'illustration © Nicolas DUPREY CD 78 - département des Yvelines flickr_cc).

La place du numérique dans la formation

Le monde de la formation professionnelle n’échappe pas au numérique. De nouveaux outils entraînent de nouvelles manières d’apprendre. Plus souples, plus personnalisables et mieux suivies. Le point avec Karim Hilaly, directeur de la formation chez CNPP.

Face au Risque. Quels constats faites-vous sur le numérique dans la formation professionnelle ?
Karim Hilaly.

Karim Hilaly. Aujourd’hui, la formation numérique est incontournable. Les entreprises à avoir connecté 80 à 100 % de leurs salariés à une plateforme e-learning étaient 27 % seulement en 2016, 41 % en 2018 et devraient être 59 % en 2020, ce qui représente une progression de 50 % tous les 2 ans. Par ailleurs, la proportion de formations digitales au sein des catalogues de formation interne proposés par les entreprises à leurs collaborateurs est passée en 3 ans de 38 % à 56 %… C’est une tendance lourde, qui bouleverse structurellement le secteur de la formation. La formation présentielle reste indispensable sur des domaines d’approfondissement, de mise en pratique assez poussée ou pour des formations très opérationnelles.

Mais elle ne suffit pas car il y a un vrai besoin et une vraie attente des entreprises et des individus pour des dispositifs de formation souples. C’est ce qu’offre le numérique, à travers des formations que l’on peut suivre à son rythme, à l’heure que l’on souhaite, à distance…

Le numérique dans la formation s’impose aussi de plus en plus par la loi et c’est une excellente chose. La réforme de 2018 pousse à une individualisation des parcours de formation et à un meilleur accompagnement à distance de l’apprenant. C’est un objectif que cherchent à atteindre aussi bien les organismes financeurs que les entreprises depuis quelques années pour financer au plus juste le besoin de montée en compétences et aussi une attente qui émane des participants en formation. En allant à son rythme, on n’est pas soumis à un planning, ni à l’hétérogénéité d’un groupe.

En quoi la réforme donne-t-elle plus de place au numérique ?

K.H. La réforme redéfinit la notion d’action de formation et instaure, de manière claire, qu’elle peut se dérouler en tout ou partie à distance, sous réserve d’un accompagnement réel de l’apprenant désormais défini par décret (avec une assistance technique et pédagogique, une information claire sur le travail attendu et des évaluations régulières). L’action de formation peut aussi être réalisée en situation de travail, c’est ce qu’on appelle l’afest.

L’idée est d’accompagner les participants sans les sortir de leur environnement de travail et de les former directement sur leur poste. Cette action doit être tutorée et nécessite également des outils digitaux spécifiques. L’afest va être amenée à se développer dans les prochaines années, poussée par les départements formation au sein des entreprises qui connaissent bien les métiers de leurs collaborateurs.

C’est par contre un sujet, voire une difficulté, pour les organismes de formation : comment se positionner par rapport à ça, quelle valeur ajoutée apporter quand on ne connaît pas précisément le travail au quotidien à chaque poste de l’entreprise ? L’accompagnement se fera plus au niveau du tutorat : quelle structure, quelle méthodologie d’accompagnement, quels outils pédagogiques apporter à des équipes d’encadrants de formation interne.

La réforme met aussi en évidence la faiblesse du financement de la formation via le CPF (compte personnel de formation). Avec 500 € par an, on ne va pas bien loin. Il faut donc une formation qualifiante qui permette d’en « avoir pour son argent », la plus qualitative, la plus courte et la plus individualisée possible. Répondre à ces objectifs avec une offre de formation présentielle en groupe et au format figé, c’est difficile. En revanche, avec le digital, en proposant différents niveaux de contenus, c’est possible.

Quels sont les différents dispositifs de formations numériques ?

K.H. Il y a deux grands types de formation, en présentiel et à distance. Et le distanciel se divise lui-même en deux catégories : synchrone, autrement dit en interaction avec un animateur ou formateur, et asynchrone – je mets ma formation à disposition et chacun y va à son rythme. Dans le premier cas, on retrouve la classe virtuelle, d’un format idéal d’1 heure à 1 heure 30. On peut y intégrer des quiz pour favoriser l’interaction ou évaluer les acquis, savoir qui a participé, et remettre une attestation à l’issue…

Dans le second cas, et c’est le plus répandu en formation à distance, on a le e-learning, avec des parcours qui peuvent être composés de plusieurs modules, de 20 à 40 minutes chacun généralement, qui mêlent du notionnel, de l’illustration, de la mise en pratique et de l’évaluation. En tant que manager, je peux savoir combien de temps chaque collaborateur de mon équipe a passé dessus, quels résultats il a obtenus et identifier précisément ce qu’il a assimilé ou n’a pas compris. Le e-learning peut être souple et laisser le choix aux participants de revenir en arrière. On peut aussi, dans le cadre d’une formation réglementaire, mettre en place un module avec consultation obligatoire dans lequel la navigation sera imposée.

Mais le présentiel est également concerné par le digital. Un tableau blanc interactif peut permettre de rendre plus collaboratives des sessions en salle. On peut faire travailler des petits groupes de 2 ou 3 personnes, qui vont ensuite directement partager ou interagir sur le tableau depuis leur smartphone, en répondant à des quiz, en priorisant les notions abordées… Des applications spécialisées, comme Klaxoon ou Beekast, proposent par exemple des activités interactives pour animer un groupe. C’est stimulant.


La formation digitale

La formation digitale

Le digital, c’est aussi des vidéos, des supports pédagogiques dématérialisés, des quiz en ligne, des infographies, des évaluations en ligne, du chat, du forum. À distance ou en présentiel. Et bien sûr la réalité virtuelle ou augmentée, très importante dans le cadre de formations en sécurité opérationnelle, notamment. Elles permettent de simuler certaines situations sans pour autant détruire du matériel ou risquer sa vie. La conduite à tenir en cas d’incendie, de confinement, de travail en hauteur…

Les formations aux métiers de la prévention des risques se prêtent d’ailleurs particulièrement à ces différentes modalités pédagogiques, qu’il s’agisse de formations très opérationnelles auprès d’équipes terrain, en situation de travail ou en réalité virtuelle ou augmentée, de formations plus managériales en maîtrise des risques, en e-learning, classe virtuelle et présentiel collaboratif dans le cadre de parcours diplômants multimodaux, ou d’actions plus massives, très ponctuelles et courtes, sur un sujet réglementaire ou obligatoire, auprès de tous les collaborateurs de l’entreprise.

Quels sont les avantages du numérique pour la formation professionnelle ?

K.H. Le numérique permet de passer de parcours exclusivement présentiels et donc rigides en temps et peu personnal