L’approche sociale du handicap : la grande oubliée des aménagements de travail

18 février 20266 min

S’il est aujourd’hui admis que les entreprises doivent garantir un accès facilité aux personnes en situation de handicap moteur, les autres formes de handicap demeurent encore largement sous-considérées, au détriment non seulement des personnes directement concernées, mais également de l’ensemble des travailleurs et des entreprises elles-mêmes.

L’approche sociale du handicap demeure encore largement négligée dans les aménagements organisationnels © Association Veta

Dix ans d’analyse poussée des espaces de travail contemporains, complétée par une récente étude scientifique consacrée aux processus d’inclusion de l’association « Vivre et Travailler Autrement » (Veta) – reconnue pour sa capacité à intégrer des personnes autistes sévères en milieu de travail ordinaire – conduisent à une conclusion sans équivoque : l’approche sociale du handicap dans ses dimensions mentales et neurologiques, demeure encore largement négligée dans les aménagements organisationnels.

L’approche sociale du handicap

Il existe fondamentalement deux façons de considérer le handicap, quel qu’il soit : l’approche médicale, qui consiste à vouloir « réparer » ce qui dysfonctionne dans la mesure du possible, et l’approche sociale qui part du principe que la société peut modifier son organisation pour minimiser, voire annuler, les conséquences négatives du handicap. L’exemple le plus connu de cette approche est la rampe d’accès permettant de rétablir une autonomie de mobilité pour les personnes handicapés moteur, et l’idéal est naturellement de combiner ces deux approches.

Le Code du Travail s’inscrit dans cette approche sociale – du moins en ce qui concerne les handicaps moteurs et sensoriels – en encadrant l’accessibilité des espaces des entreprises. Un décret récent, dont l’entrée en vigueur est prévue en avril prochain, vient renforcer ces dispositions en imposant une accessibilité globale à l’ensemble des lieux, couvrant notamment les abords, les parties communes, les circulations, les locaux de travail ainsi que leurs annexes. Or, ces dispositions légales présentent des limites importantes. D’une part, l’accès à ces espaces ne fait pas tout dans la mesure où le lieu de travail n’est pas un espace transitoire, mais bien là où l’on demeure toute la journée. Et d’autre part, les handicaps neurologiques et cognitifs présentent des spécificités qui ne sont pas de l’ordre de l’accès mais plutôt de l’environnement.

Il existe fondamentalement deux façons de considérer le handicap, quel qu’il soit : l’approche médicale, qui consiste à vouloir « réparer » ce qui dysfonctionne dans la mesure du possible, et l’approche sociale qui part du principe que la société peut modifier son organisation pour minimiser, voire annuler, les conséquences négatives du handicap. L’exemple le plus connu de cette approche est la rampe d’accès permettant de rétablir une autonomie de mobilité pour les personnes handicapés moteur, et l’idéal est naturellement de combiner ces deux approches.

Le Code du Travail s’inscrit dans cette approche sociale – du moins en ce qui concerne les handicaps moteurs et sensoriels – en encadrant l’accessibilité des espaces des entreprises. Un décret récent, dont l’entrée en vigueur est prévue en avril prochain, vient renforcer ces dispositions en imposant une accessibilité globale à l’ensemble des lieux, couvrant notamment les abords, les parties communes, les circulations, les locaux de travail ainsi que leurs annexes. Or, ces dispositions légales présentent des limites importantes. D’une part, l’accès à ces espaces ne fait pas tout dans la mesure où le lieu de travail n’est pas un espace transitoire, mais bien là où l’on demeure toute la journée. Et d’autre part, les handicaps neurologiques et cognitifs présentent des spécificités qui ne sont pas de l’ordre de l’accès mais plutôt de l’environnement.

« L’entreprise tirerait bénéfice de la conception de véritables espaces de restauration psychique, car la performance au travail est intimement liée à nos capacités de concentration. »

Delphine Minchella – PhD. Enseignante-chercheure à l’EM Normandie Business School.

Les enseignements de Veta

L’association Veta réussit aujourd’hui ce qui paraissait impossible il y a encore 10 ans : faire travailler dans un milieu ordinaire de jeunes autistes avec retards associés et généralement non-verbaux, soit une population totalement maintenue à l’écart du monde du travail, et donc laissée sans solution viable et émancipatrice. L’expérience de Veta est d’autant plus marquante que les espaces où ces jeunes adultes travaillent sont aux antipodes de ce qui parait propice aux individus autistes, puisqu’il s’agit de sites de production.

Outre ce qui est consensuellement recommandé d’un point de vue managérial par la littérature médicale – une signalétique claire, des tâches minutieusement expliquées par des pictogrammes visuels, des collègues informés sur ce handicap, et un encadrement socio-médical – le principal changement spatial porte sur la mise à disposition d’une salle où ces travailleurs prennent leur pause journalière. Une salle ne présentant rien de particulier sinon qu’elle est propice au calme, puisque les sollicitations sensorielles et sociales y sont délibérément limitées, et qu’elle permet donc une régulation émotionnelle…Une salle qui, sur certains sites, est également fréquentée par les travailleurs ordinaires.

Nécessaire pour les uns, profitable pour tous

La conception d’espaces organisationnels parfaitement inclusifs, couvrant l’ensemble des besoins des handicaps du neurodéveloppement semble difficilement envisageable tant ce spectre est large, car s’il inclut l’autisme, il ne s’y limite pas. Par ailleurs, certains troubles s’accompagnent d’hypersensibilité, alors que d’autres s’expriment au contraire avec de l’hyposensibilité. Pourtant, et malgré ces apparentes contradictions, la création d’un espace dédié à la possibilité ponctuelle de se soustraire du bruit, des regards (à quoi sert une salle de repos aux parois vitrées ?) et des sollicitations constituerait une avancée notable en faveur d’une approche sociale du handicap à la fois plus large et plus poussée.

Il est difficile d’avancer un chiffre sur le nombre d’individus handicapés à qui cela bénéficierait. D’une part, parce qu’une partie d’entre eux ne souhaitent pas communiquer leur diagnostic à leur employeur et d’autre part parce certains porteurs de handicap ignorent l’être. Toutefois, une telle salle d’autorégulation profiterait au plus grand nombre, à l’heure où la santé mentale a été déclarée Grande cause nationale en 2025 et 2026 et où, pourtant, nous ne cessons d’être hyperconnectés et sursollicités. Bien plus qu’un confort d’usage, il s’agit de développer une véritable hygiène mentale sur le lieu de travail.

Le décloisonnement des espaces organisationnels alimente une dynamique d’action incessante dont il parait difficile de s’affranchir. Néanmoins, l’entreprise elle-même tirerait bénéfice de la conception de véritables espaces de restauration psychique, car la performance au travail est intimement liée à nos capacités de concentration et que celles-ci sont particulièrement mises à mal dans les espaces trop stimulants. Enfin, elle serait plus à même d’accueillir une plus grande diversité de profils neurologiques, individus dont les compétences et qualités sont parfois rares et particulièrement recherchées.

À lire également

Notre article “S’engager pour la santé mentale au travail” (septembre 2025).

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Delphine Minchella, PhD. Enseignante-chercheure EM Normandie Business School

Delphine Minchella

PhD. Enseignante-chercheure à l’EM Normandie Business School

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