Sites militaires : un marché de la sécurité ultra-spécifique

5 octobre 2026•Patrick Haas•11 min•

Avec le regain de tensions géopolitiques, les sites militaires font l’objet de systèmes de protection renforcés. Un marché évidemment très sensible qui implique des processus tout à fait particuliers.

Face à l’essor des menaces constituées par la cyberguerre, les aspects de cyberdéfense sont passés au premier plan des préoccupations des militaires © Andrey Popov-AdobeStock

La politique de réarmement de la France jette un coup de projecteur sur un segment de marché de la sécurité privée particulièrement confidentiel : la protection des sites militaires (casernes, bases des différentes armées, centres administratifs, etc.) et des sites industriels de la défense (usines de production de matériel militaire), appelés BITD (base industrielle et technologique de défense).

Sociétés de contrôle d’accès, de vidéosurveillance, de drones de sécurité, de cybersécurité, de surveillance humaine, de clôtures sont largement sollicitées ces derniers mois.

Un marché impossible à quantifier tant les acteurs tiennent à faire profil bas, mais que l’on peut quand même estimer à quelques milliards d’euros par an, selon les estimations d’En Toute Sécurité. D’ailleurs plusieurs de nos interlocuteurs n’ont voulu nous parler que sous le couvert de l’anonymat.

« C’est un petit monde où les relations de confiance jouent un rôle primordial. »

Thierry Regond, président du cluster Eden.

« C’est un petit monde où les relations de confiance jouent un rôle primordial », nous explique Thierry Regond, président du cluster Eden, un réseau qui fédère plus de 200 PME françaises de la défense et de la sécurité.

« On ne peut pas entrer sur ce marché comme sur d’autres qui sont davantage standardisés comme les enseignes de distribution ou la logistique ! Tous les acteurs se connaissent entre eux », confirme le directeur d’une société de sécurité qui opère sur ce créneau.

Sites militaires : des appels d’offres complexes

Il est par exemple impératif d’obtenir une habilitation – ce qui n’est pas facile -, si bien qu’un tri naturel s’opère. Selon les informations recueillies par En Toute Sécurité, il existerait une trentaine de sociétés de surveillance humaine habilitées à souscrire un appel d’offres dans la défense, mais la liste est confidentielle. « C’est une vraie barrière à l’entrée », estime Thierry Regond.

« Les appels d’offres sont parfois trop complexes : les besoins sont souvent surspécifiés, que ce soit au niveau des performances, des obligations de traçabilité, etc. On peut se retrouver avec des exigences applicables à un système d’arme complexe sur un équipement de protection simple. Et les procédures administratives sont extrêmement lourdes, tandis que le code des marchés est contraignant », déclare Ludovic Ouvry, PDG de la société éponyme qui fabrique des équipements de protection NRBC (nucléaire, radiologique, biologique et chimique) pour la défense et les forces de l’ordre.

« Les appels d’offre sont plus détaillés, plus complets et le client est plus exigeant (…). Ce marché ne souffre pas l’amateurisme. »

Cyril Gortier, directeur du pôle Défense chez Fiducial Sécurité Eden.

« Les appels d’offres sont plus détaillés, plus complets et le client est plus exigeant, car il a une obligation de protection efficace. Ce marché ne souffre pas l’amateurisme », estime pour sa part Cyril Gortier, directeur du pôle Défense de la société de surveillance humaine Fiducial Sécurité.

Les objectifs de l’Armée de Terre sont élevés avec l’achat de 15 000 drones dès cette année © Parilov-AdobeStock

Les objectifs de l’Armée de Terre sont élevés avec l’achat de 15 000 drones dès cette année © Parilov-AdobeStock.

Des équipements spécifiques pour les sites militaires

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