Nouveaux risques incendie sur sites industriels : quand la transition énergétique redéfinit les menaces

5 octobre 2026•Onet•6 min•

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Panneaux photovoltaïques, flottes de véhicules électriques, batteries lithium-ion, hydrogène… La transition énergétique transforme en profondeur la configuration des sites industriels français. Mais ces évolutions font aussi apparaître des risques d’incendie inédits, plus complexes à anticiper et à maîtriser. Décryptage avec Jérôme Fleurant, directeur de zone nord-ouest chez Onet Sécurité.

Nouveaux risques incendie sur sites industriels, quand la transition énergétique redéfinit les menaces

À technologies vertueuses, gains et risques inédits

Les sites industriels connaissent aujourd’hui une mutation accélérée. Déploiement massif de panneaux solaires en toiture, conversion des flottes de véhicules thermiques vers l’électrique, recours croissant aux batteries lithium-ion pour le stockage d’énergie, émergence de l’hydrogène, du GNL ou encore du GPLC… Si ces évolutions répondent à des impératifs environnementaux et réglementaires légitimes, elles s’accompagnent également de vulnérabilités nouvelles que beaucoup de responsables de sites ne mesurent pas encore pleinement lors de la conception de leurs dispositifs de sûreté/sécurité.

« Les technologies liées à la transition énergétique apportent des gains indéniables, mais elles modifient aussi la nature même des risques d’incendie sur les sites que nous protégeons, observe Jérôme Fleurant, directeur de zone Nord-Ouest chez Onet Sécurité. Les matériaux et les substances impliqués – cellules lithium-ion, fluides caloportés, gaz sous pression – présentent, en cas de feu, des comportements très différents de ce que nos équipes rencontraient il y a encore dix ans. »

Un incendie de batterie lithium-ion, par exemple, peut générer un emballement thermique extrêmement rapide, libérer des gaz toxiques et se réactiver plusieurs heures après avoir été apparemment éteint. De même, une installation photovoltaïque en toiture complique l’accès des secours et génère un risque électrique considérable, y compris en l’absence d’alimentation réseau. Or, ces paramètres ne sont pas toujours pris en compte par les protocoles classiques de sécurité.

La superposition des vulnérabilités, un défi majeur

La situation se complique lorsque plusieurs de ces nouvelles technologies coexistent sur un même site – ce qui est de plus en plus fréquent. Un entrepôt logistique peut ainsi combiner des panneaux solaires en toiture, une station de recharge pour sa flotte de véhicules électriques et des systèmes de stockage d’énergie par batteries. Chacun de ces équipements génère ses propres scénarios de feu ; leur cohabitation crée des interactions que seule une analyse de risques véritable globale est en mesure d’appréhender.

« La clé, c’est de cartographier l’ensemble des équipements et d’évaluer la manière dont ils interagissent, souligne le directeur de zone. Nous réalisons des analyses approfondies de risques, que nous actualisons régulièrement, parce qu’un site qui installe une borne de recharge en mars et un stockage hydrogène en septembre n’a plus le même profil de risque. »

Cette démarche holistique s’accompagne d’une révision complète des moyens d’extinction. Les agents classiques (eau, poudre, mousse) ne sont pas toujours adaptés aux feux de nouvelles énergies. Il existe des moyens d’extinction efficaces face à ces nouveaux risques, mais qui nécessitent un investissement en matériel et, surtout, en formation des équipes d’intervention.

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Les erreurs les plus courantes : sous-estimer le risque, ne pas former, ne pas investir

Sur le terrain, Jérôme Fleurant identifie trois écueils récurrents dans la manière dont les entreprises gèrent l’arrivée de ces nouvelles technologies :

  • Le premier est la sous-estimation du risque. Trop d’organisations déploient des installations photovoltaïques ou des stations de recharge sans mener au préalable une évaluation rigoureuse des dangers associés. La technologie est perçue comme « propre » et, par extension, comme peu dangereuse – une idée reçue qui peut avoir des conséquences graves.
  • Le deuxième point d’attention concerne la formation. Les équipes de sécurité et les agents d’intervention ne sont pas systématiquement formés aux spécificités des nouveaux équipements. Or, intervenir sur un feu de batterie lithium-ion avec les réflexes adaptés à un incendie classique peut aggraver une situation, au lieu de la contenir.
  • Enfin, le manque d’investissement dans le matériel spécialisé constitue un frein majeur. « Il ne suffit pas de mettre à jour une procédure sur le papier. Il faut que les équipes disposent du matériel adapté à ces nouvelles situations, et que les plans d’évacuation et les fiches réflexes soient repensés en profondeur.

Adapter la réponse : une approche en trois volets

Face à cette évolution des risques, Onet Sécurité a opté pour une approche en trois volets. Premier pan : la montée en compétences des équipes. Gestes techniques, positionnements, choix de l’agent extincteur… Par le biais de sessions de formation régulières, d’exercices pratiques et de mises en situation, les agents sont à même d’acquérir les bons réflexes face à des scénarios spécifiques qu’ils n’avaient jusqu’alors pas rencontrés.

Le deuxième volet de cette stratégie se concentre sur l’adaptation des équipements de détection et d’extinction. Les systèmes doivent être dimensionnés pour répondre aux particularités de chaque type de technologie présente sur le site. Un détecteur calibré pour un environnement classique peut ne pas réagir assez vite face à l’emballement thermique d’un pack de batteries, par exemple.

Le troisième volet porte quant à lui sur l’actualisation des protocoles et des fiches réflexes. Chaque type d’équipement doit disposer d’une procédure d’intervention dédiée, connue et répétée par l’ensemble des intervenants. Car comme le résume Jérôme Fleurant, « un bon protocole ne vaut que s’il est régulièrement testé, mis à jour et approprié par les équipes sur le terrain ».

Demain : des risques qui continueront d’évoluer

L’essor de l’intelligence artificielle et l’automatisation continue des processus industriels entraînent immanquablement de nouvelles dépendances technologiques – et, avec elles, l’apparition de nouvelles menaces potentielles. Un système automatisé défaillant pourra déclencher ou aggraver un sinistre avant même qu’un opérateur humain ne soit en mesure d’intervenir.

En parallèle, la multiplication des datacenters internes, accélérée entre autres par les enjeux actuels de cybersécurité, implique de disposer d’équipes spécifiquement entraînées, capables d’intervenir dans ces environnements confinés où peuvent cohabiter électricité haute tension, systèmes de refroidissement et matériel informatique sensible.

« Notre métier, c’est de faire évoluer notre expertise au même rythme que les technologies que nous protégeons, conclut Jérôme Fleurant. La sécurité incendie n’est plus un dispositif figé : c’est un processus vivant, qui doit s’adapter en continu aux réalités du terrain. »

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