Incendie de Courchevel : les facteurs aggravants d’un drame annoncé

21 janvier 20196 min

C’est par le biais d’un tweet du préfet de la Savoie qu’est venue la première officialisation de l’incendie de Courchevel le dimanche 20 janvier. Comme le précise le compte Twitter officiel de la préfecture, c’est dans l’un des bâtiments au lieu dit « La Croisette », situé au cœur de Courchevel 1 850 (partie la plus huppée de la station), que s’est déclenché l’incendie vers 4h30 du matin.

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Il aura fallu plus de deux heures et demie aux 130 sapeurs-pompiers du Sdis de la Savoie pour circonscrire le feu. Le bilan final faisait ainsi état, plus tard dans la journée de dimanche, de deux morts et vingt-cinq blessés.

Parmi les rescapés de cet incendie de Courchevel 1 850, quatre ont été annoncés dans un état grave. Leur pronostic vital n’est toutefois pas engagé. Les vingt-et-un autres ont quant à eux été déclarés comme étant « légèrement blessés ou incommodés » par le préfet de la Savoie.

Des bâtiments de « La Croisette » devaient être rénovés à Courchevel 1 850

Comme après chaque incendie, la question qui suit le bilan est désormais de savoir ce qui a provoqué le départ des flammes. Dans la foulée du drame, la première thèse relayée par les chaînes d’information en continu était alors que les propriétaires du bâtiment incendié au lieu dit « La Croisette » ont récemment obtenu un permis de rénovation de la part de la mairie de Courchevel. Sous-entendant, l’insalubrité du bâtiment pourrait être en cause.

Cette information était d’ailleurs confirmée bien en amont de cet incendie sur le site internet de la mairie. Cette décision avait en effet été prise en fin d’année civile 2018. « La réhabilitation de la Croisette, bâtiment incontournable de Courchevel 1 850, fait partie des projets majeurs portés par l’équipe municipale », précise en ce sens ce communiqué. La suite du papier lève toute ambiguïté sur le but de cette rénovation. « Le projet permettrait de valoriser le cœur de station d’un point de vue architectural, mais aussi en proposant de nouveaux services à la clientèle », est-il ajouté. Il en ressort ainsi qu’à aucun moment certains de ces établissements n’avaient officiellement été remis en cause pour leur insalubrité… Du moins jusqu’à ce dimanche 20 janvier.

La Croisette Courchevel 1 850 (Photo - Mairie Courchevel)Projet la Croisette 2020 (Photo - Mairie Courchevel)

Le (mal) logement des saisonniers évoqué dans l’incendie de Courchevel

Si des travaux importants de rénovation étaient ainsi d’ores et déjà programmés, la question reste néanmoins de savoir si les établissements les plus insalubres – hébergeant les saisonniers – pouvaient véritablement attendre le printemps 2020 pour se refaire une façade. Au regard de l’incendie du 20 janvier, la réponse penche très clairement vers la négative.

Des alarmes incendie et des détecteurs de fumée non-opérationnels, des extincteurs et une lance à incendie non alimentés, une surpopulation des travailleurs saisonniers tout au long de l’hiver, des doutes sur les normes de bâtiments… Alors que les travaux de rénovation majeurs portaient en grande partie sur l’extérieur du lieu-dit, les propriétaires ne pouvaient visiblement pas se permettre d’attendre aussi longtemps concernant l’intérieur du bâtiment.

Plusieurs témoignages de saisonniers, en première ligne lors de cet incendie de Courchevel, viennent d’ailleurs confirmer ce sentiment d’insécurité générale qui régnait en interne dans certains établissements de Courchevel 1 850. Cela bien avant cet incendie.

« Le logement, c’est une pièce de 20 m² pour quatre personnes. La chambre n’est pas isolée, c’est du simple vitrage. On a testé l’alarme incendie en allumant une cigarette, elle ne s’est pas déclenchée (…) C’est vraiment insalubre. Les patrons négligent le logement des saisonniers, ne s’en occupent pas. On n’est pas logé dans les conditions qui faut alors que l’on est là pour eux, on travaille pour eux », confiait ainsi Franck, travailleur saisonnier à Courchevel, auprès de Europe 1 le lundi 21 janvier.

« Des modèles de construction différents » depuis 1971

Le son de cloche est quasiment similaire du côté des autorités publiques. Sous-préfet d’Albertville, Frédéric Loiseau a assuré devant la presse que des doutes existaient bel et bien sur la mise aux normes du bâtiment… Sans que cela ne soit pour autant officiellement remonté aux oreilles de la municipalité.

« Nous ne savons pas si le bâtiment (construit en 1971) était aux normes. (Il a été construit) avec des normes et des modèles de construction qui sont différents de ce que l’on peut observer aujourd’hui », a en ce sens lâché l’intéressé à travers des propos relayés par Europe 1.

Malgré ces témoignages mettant potentiellement en cause la responsabilité des propriétaires lors de cet incendie de Courchevel, aucune conclusion en ce sens n’a encore été tirée à l’heure actuelle par la Gendarmerie, en charge de l’enquête. La piste criminelle est d’ailleurs officiellement privilégiée par les enquêteurs depuis le vendredi 25 janvier, date de la conférence de presse de Anne Gaches, procureure d’Albertville.

L’intéressée a néanmoins ajouté qu’aucun individu n’avait pour le moment été identifié. Cela notamment en raison du manque “d’éléments tangibles” autre qu’une “odeur d’essence (sentie par des témoins) juste avant l’incendie“, a-t-elle précisé. Si cette piste criminelle venait à se confirmer, cela ne remettrait pas pour autant en cause la responsabilité des propriétaires des lieux.

Un précédent cas d’incendie à Courchevel 1 550

Une population en abondance et mal logée, un système de sécurité incendie défaillant… Tels sont les éléments publiquement reprochés au bailleur après ce nouveau cas d’incendie à Courchevel, d’après l’ensemble des témoignages.

S’il est quasiment impossible d’affirmer que ce drame était évitable, ce premier constat met malgré tout en évidence le manque de rigueur lié à la sécurité incendie. Cela d’autant plus qu’il ne s’agit pas d’une première concernant les incendies dans cette station.

Dans la nuit du 9 mars 2011, c’est en effet un hôtel / résidence de tourisme de Courchevel 1 550 (une des cinq zones de la station) qui avait été la proie des flammes… Dans des circonstances à peu près comparables. Comme cela est relaté dans le magazine n°478 de Face au Risque, daté de décembre 2011, la défaillance du système de sécurité incendie s’était déjà révélée cruciale à l’époque.

Incendie mars 2011 Courchevel 1 550 (Photo - B.Flandin COMM-SDIS73)

« La présence de détecteur de fumée dans les studios aurait permis de réveiller les occupants plus tôt. Un ferme-porte aurait pu contenir le feu plus longtemps côté coursive. Une alarme asservie à un SSI aurait alerté plus rapidement le reste des résidents », constatait déjà René Dosne dans son article daté de décembre 2011.

À quelques détails près, et un intervalle de huit années, on pourrait presque croire que ces deux incendies sont similaires. Et, de fait, que les leçons d’un passé récent n’ont toujours pas été retenues. À noter que l’incendie de Courchevel 1 550, pourtant plus destructeur d’un point de vue matériel à l’époque, n’avait débouché sur aucune perte humaine.

Mis à jour le 27 janvier 2019

Eitel Mabouong – Journaliste

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