Data center : le casse-tête de la détection incendie
Les data centers produisent de la chaleur qu’il faut pouvoir tempérer. Les serveurs qui produisent et stockent les données doivent être constamment refroidis. Ces différents mouvements aérauliques créent des instabilités qui perturbent la détection. L’assureur FM Global a réalisé une série d’essais sur la détection incendie dans les data centers. Neil Costello, ingénieur spécialisé de FM Global évoque avec nous les conclusions de cette étude.

Face au Risque. Extérieurement un data center ressemble à un entrepôt. À l’intérieur, c’est plutôt l’image d’une centrale électrique. Quels sont les principaux enjeux de la détection incendie dans un data center ?

Neil Costello. Une entreprise perd en moyenne 7 900 $ (6 850 €) par minute lorsque ses locaux informatiques sont hors service. Devant la cybercriminalité qui explose (18 %) et l’erreur humaine (22 %), la défaillance du système d’alimentation électrique (24 %) reste la première cause d’interruption de service dans les salles informatiques. Détecter au plus vite un incendie d’origine électrique dans une salle fortement ventilée, balayée par des mouvements d’air susceptibles de déplacer ou diluer la fumée est un défi essentiel pour les entreprises.
Quelles peuvent être les principales sources d’incendie ?
N. C. Les deux incidents les plus marquants que nous ayons récemment rencontrés – et qui ont coûté chacun près de 40 M€ – étaient d’origine électrique. Le premier feu s’est répandu par un chemin de câbles à travers les onze étages d’un centre de traitement de données. Le deuxième s’est déclaré dans un local avoisinant la salle informatique conçu pour abriter l’équipement dédié à l’alimentation électrique.
Les incendies d’origine électrique se caractérisent par un démarrage très lent et, dans les deux cas, ils n’étaient pas franchement spectaculaires mais extrêmement dévastateurs en raison des importantes fumées dégagées. Déceler au plus tôt ces incendies est donc essentiel et nous nous assurons que le personnel de nos clients soit bien formé pour réagir au plus vite.
FM Global a conduit une étude sur le sujet, quelles étaient les conclusions ?
N. C. Nous avons réalisé pendant deux mois plus d’une centaine d’essais grandeur nature en partenariat avec la National Fire Protection Association (NFPA). Plusieurs détecteurs (par aspiration et ponctuels) ont été disposés dans les trois parties d’un local test avec allées chaudes et froides, sous-sol et faux-plafond, reconstitué pour l’occasion dans notre centre de recherche de Rhode Island. 27 détecteurs de fumées au total ont été soumis aux différentes variables susceptibles d’influencer leur performance comme le débit de l’air, la concentration de la fumée ou le type d’incendie (câbles plastiques d’isolation, cartes électroniques, emballages de matériel).
Les essais concluent que les détecteurs placés dans le faux-plafond, où l’air s’échappe, restent les plus fiables. Ils se sont déclenchés quel que soit l’emplacement de la source de fumée. En revanche, ils se sont déclenchés moins rapidement que les détecteurs des autres parties.
Cette expérience s’intègre dans un programme de recherche bien plus vaste, consacré à la propagation des fumées et des gaz chauds. Les dégâts de fumées représentent en effet une part de plus en plus importante des sinistres déclarés par les sociétaires de FM Global.
L’étude a été conduite aux États-Unis, les résultats sont-ils extrapolables à la France où les matériaux et la réglementation sont différents ?
N. C. Oui, la nature similaire de la configuration des data centers, des matériaux combustibles utilisés et des méthodes de détection à travers le monde fait que les tests et essais sont extrapolables à la France et à d’autres pays.
Le choix du type de détection a-t-il un impact sur la typologie d’extinction retenue ?
N. C. Cela fonctionne plutôt à l’inverse : le choix de la typologie d’extinction a une influence sur le type de détection. La détection de fumée à haute sensibilité (air sampling) permet l’avertissement le plus rapide, avant même que la fumée ne soit visible, et peut être utilisée pour alerter le personnel formé, qui peut réagir instantanément.
Une autre possibilité est d’utiliser une détection légèrement moins sensible. Des détecteurs de fumée classiques sont alors utilisés et l’extinction se fait à l’aide de gaz. Ce qui permet de minimiser les dommages pour l’équipement informatique.
Enfin troisième possibilité, la protection par sprinkleurs ou par brouillard d’eau. Elle incorpore la détection d’incendie par le biais d’éléments sensibles à la chaleur dans chaque tête. Ces systèmes permettent une protection du bâtiment efficace et fiable en contrôlant la propagation de l’incendie, si leur conception et leur installation est appropriée.

David Kapp – Journaliste
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