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Interview Philippe Zawieja : « Toute fatigue doit être prévenue et gérée au travail »
Nous avons interrogé le psychosociologue du travail Philippe Zawieja, auteur d’un « Que sais-je » sur la fatigue, afin d’éclairer la notion et les relations qu’elle entretient avec la santé et la sécurité au travail.

À retenir
- La fatigue au travail est un phénomène physio-comportemental qui peut éclairer le surgissement de risques en milieu professionnel. Signe avant-coureur de RPS (burn-out,…) et facteur d’accidentologie, elle doit être prévenue et gérée, qu’elle soit d’origine professionnelle ou non ;
- Le lien fatigue-accidentologie peut se lire selon 3 axes : la perte de vigilance (physiologique), la simplification des schémas de décision menant à plus de risques (cognitif), et la saturation par les signaux d’alerte qui ne sont plus traités (“fatigue des alertes”) ;
- On peut repérer la fatigue chez un collègue via 3 types de signes. D’abord physiologiques (bâillements), puis comportementaux (besoin de bouger). Les plus alertants sont émotionnels : irritabilité, colère ou au contraire, une mise en retrait ;
- La “fatigue collective” en milieu professionnel est un symptôme de dysfonctionnement organisationnel. Ses causes : charge et rythmes de travail, perte de sens, et sentiment d’injustice. Elle se manifeste par le désengagement, la contestation ou la baisse de qualité ;
- Le numérique aggrave la fatigue (écrans, troubles du sommeil). Plus inquiétante, l’IA pourrait nous déshabituer de l’effort, nous rendant intolérants à la frustration de la non-immédiateté et dévalorisant le processus même du travail, au-delà de la livraison du simple résultat.
En quoi le concept de fatigue peut-il éclairer la prévention en termes de santé et de sécurité au travail ?
Philippe Zawieja. Avec le concept de fatigue, on se trouve, comme souvent, à l’articulation entre des phénomènes qui sont d’ordre physiologique et d’ordre comportemental. Il se passe un certain nombre de modifications neurohormonales chez l’individu en situation de fatigue, comme il s’en passe également en situation de stress.
Il y a aussi un certain nombre de modifications comportementales, ou collectives, qui font que les schémas de pensée changent en situation de fatigue. Ces divers phénomènes peuvent expliquer le lien entre fatigue et accidentologie, par exemple.
Sous un autre aspect, la fatigue peut être le signe avant-coureur du pathologique. C’est là où l’on touche le domaine des risques psychosociaux (RPS). Une fatigue anormale doit interroger sur la charge de travail, les rythmes de travail, les horaires de travail et les relations humaines à l’intérieur du travail, notamment la relation avec les pairs ou avec la hiérarchie.
« Toute fatigue, même si elle n’est pas pathologique ou d’origine professionnelle, doit être prévenue et gérée au travail. »
Philippe Zawieja, psychosociologue du travail et auteur d’un « Que sais-je » sur la fatigue.
À lire également
Notre article “La santé mentale au travail” extrait de notre dossier éponyme publié dans le n° 609 de Face au Risque (septembre-octobre 2025).
Comment faire plus précisément le lien entre accidentologie et fatigue au travail ?
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