Protéger les travailleurs contre les chutes de hauteur et le risque chimique : un enjeu double
Si les risques de chute associés au travail en hauteur sont bien documentés, la menace d’exposition aux produits chimiques, moins immédiatement apparente mais tout aussi importante, existe souvent en parallèle. Le choix d’un équipement de protection individuelle (EPI) efficace contre ces deux risques implique un équilibre nuancé entre compatibilité des matériaux, considérations ergonomiques et exigences de performance.

Le travail en hauteur est l’une des activités les plus dangereuses au sein des secteurs industriels et du bâtiment. Les données du Health and Safety Executive (HSE) pour 2023-2024 identifient spécifiquement les chutes de hauteur comme la principale cause de décès dans le secteur du bâtiment au Royaume-Uni, plus d’un tiers des 138 décès survenus sur le lieu de travail étant attribuables à ce type d’accidents. L’Occupational Safety and Health Administration (Osha) affirme également que les chutes sont la principale cause de décès dans le secteur du bâtiment aux États-Unis.
Les chutes de hauteur
Les chutes de hauteur surviennent généralement lorsque des travailleurs tombent d’une échelle, d’un échafaudage ou d’une plateforme de travail, passent à travers des surfaces fragiles ou des ouvertures non protégées, ou encore tombent d’un véhicule lors de son chargement ou de son déchargement.
De multiples facteurs contribuent aux chutes de hauteur, notamment :
- les erreurs humaines telles que l’excès de confiance, la mauvaise appréciation des distances et la non-utilisation des équipements de sécurité ;
- les conditions propres à l’environnement telles que les surfaces humides ou glissantes, les risques de trébuchement et les mises en garde inadéquates ;
- les mauvaises conditions de luminosité, notamment une lumière ambiante faible, des ombres denses ou un éblouissement causé par des projecteurs.
Si les chutes de hauteur provoquent souvent des blessures telles que des entorses et des fractures, entraînant une perte de productivité et une gêne personnelle importante, la conséquence peut, tragiquement, être fatale.
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Mesures de protection contre les chutes de hauteur
La directive européenne 89/656/CEE impose aux employeurs de mettre en place des mesures de protection robustes contre les chutes pour le personnel travaillant en hauteur. Il s’agit notamment de concevoir les lieux de travail de manière à prévenir intrinsèquement les chutes depuis des espaces surélevés et dans des ouvertures, en donnant la priorité aux mesures techniques tels que les garde-corps physiques afin de minimiser les risques.
Lorsque ces mesures préventives ne sont pas réalisables, d’autres solutions de protection doivent être mises en œuvre. Lorsque le travail en hauteur est inévitable, la fourniture d’un équipement de protection individuelle (EPI) aux travailleurs professionnellement formés est essentiel afin d’atténuer le risque résiduel. La directive européenne stipule clairement que ces EPI doivent :
- être appropriés par rapport aux risques à prévenir, sans induire eux-mêmes un risque accru ;
- correspondre aux conditions réelles sur le lieu de travail ;
- tenir compte des exigences ergonomiques et de l’état de santé du travailleur ;
- convenir au porteur, après tout ajustement nécessaire.
Exposition au risque chimique et aux chutes de hauteur
Les risques inhérents au travail en hauteur sont considérablement accrus par la présence fréquente de produits chimiques potentiellement dangereux dans les environnements industriels et de construction.
Travailler dans un environnement vertical présente souvent un ensemble complexe de risques supplémentaires, notamment l’exposition à des produits chimiques nocifs tels que les produits de nettoyage, les peintures et les solvants, ainsi que la menace, moins visible mais tout aussi dangereuse, que constituent les poussières dangereuses telles que l’amiante et les polychlorobiphényles (PCB).
Par exemple, les travailleurs du secteur de la démolition sont souvent confrontés à la poussière d’amiante, de ciment ou de brique, tandis que le personnel de maintenance peut être amené à utiliser des produits chimiques nocifs pour des tâches telles que le décapage de peinture ou le nettoyage des vitres. La sécurité des travailleurs va donc au-delà de la simple prévention des chutes, et l’obligation simultanée de se prémunir contre l’exposition aux produits chimiques complique considérablement les protocoles de sécurité et le choix des EPI.
Une double menace
Les conclusions de l’Osha et du rapport d’analyse de marché réalisée par Frost et Sullivan en 2022 mettent en évidence cette double menace, indiquant que la protection contre les chutes constitue l’infraction de sécurité la plus fréquemment citée, et que 36 % des blessures résultant d’une chute de hauteur sont imputables à une défaillance ou à d’autres facteurs associés à l’exposition à des produits chimiques ou autres substances nocives.
Le fait qu’un pourcentage significatif des chutes de hauteur soit lié à une exposition à des produits chimiques souligne l’importance vitale d’une bonne manipulation des produits chimiques et des procédures de sécurité pour les activités en hauteur. L’exposition aux produits chimiques peut provoquer des vertiges, une irritation des yeux, des nausées ou des maux de tête, ce qui augmente directement la probabilité qu’une chute de hauteur se produise, tandis que la contamination chimique peut dégrader ou affaiblir les harnais antichute.
EPI : combiner protection contre le risque chimique et contre les chutes de hauteur
Faire face efficacement à cette double menace représente un défi important et unique pour les responsables de l’hygiène et de la sécurité. Ces derniers doivent soigneusement spécifier les EPI pouvant fonctionner ensemble pour offrir aux travailleurs la protection nécessaire et complète dont ils ont besoin, une tâche difficile étant donné que les harnais de sécurité et les combinaisons de protection sont conçus avec des priorités fondamentales différentes.
Les harnais de sécurité sont conçus pour être parfaitement ajustés et offrir un bon soutien. Ils sont généralement fabriqués à partir de matériaux robustes tels que le kevlar, le nylon ou le polyester, tous choisis pour leur solidité et leur résistance à l’eau. L’inclusion de points d’attache multiples via des anneaux en D, stratégiquement positionnés à l’arrière, à l’avant et sur les côtés du harnais, permet non seulement un raccordement avec un minimum d’entrave, mais fournit également une sécurité supplémentaire en cas de défaillance d’un seul de ces points.
Les combinaisons de protection sont quant à elles conçues pour constituer une barrière physique entre le porteur et les risques chimiques, qu’ils se présentent sous forme liquide, solide ou d’aérosol. Pour être efficace, la protection doit couvrir l’ensemble du corps, être étanche au niveau des poignets, des chevilles, du cou ou de la tête, et être dotée de fermetures à glissière protectrices afin de minimiser le risque de pénétration. Dans l’idéal, ces vêtements devraient combiner le niveau de protection adéquat, la durabilité nécessaire pour assurer la protection dans le temps, la légèreté et une taille ample, en particulier dans les zones sujettes à un mouvement intense comme l’entrejambe et sous les bras afin d’améliorer la liberté et le confort du porteur.
La conception inhérente et souvent contradictoire de ces deux EPI essentiels peut entraîner des problèmes de compatibilité, rendant leur combinaison difficile sans risquer d’affecter la performance et la sécurité qu’ils offrent individuellement.
Comment associer combinaison et harnais ?
Lorsque l’évaluation des risques nécessite l’utilisation simultanée d’un harnais de sécurité et d’une combinaison de protection, il est essentiel de déterminer la séquence d’habillage optimale.
Dans un premier temps, il peut sembler logique d’enfiler le harnais par-dessus la combinaison. Cependant, cette approche peut entraîner une compression du matériau, source d’inconfort pour l’utilisateur et risquant de compromettre l’ajustement et la fonctionnalité prévus du harnais. En outre, les anneaux en D et le matériel associé peuvent accrocher le matériau de la combinaison et provoquer une abrasion et des déchirures qui en diminuent les propriétés de protection chimique. Le port du harnais par-dessus la combinaison expose également le harnais à une possible contamination chimique et à une dégradation, qui peut en réduire les performances et la durée de vie.
À l’inverse, le fait d’enfiler d’abord le harnais, puis la combinaison, réduirait le risque de contamination du harnais. Cette séquence empêche cependant l’accès aux anneaux en D du harnais, et donc la fixation en toute sécurité des mousquetons et des cordes, de sorte que la combinaison en entrave effectivement l’accès. En réponse à cette situation, certains travailleurs n’ont d’autre option que de créer des trous d’accès dans leur combinaison, une pratique qui compromet gravement ses capacités de protection contre les produits chimiques et invalide la certification CE de l’EPI.
Du point de vue de la sécurité, aucun de ces scénarios n’est acceptable. Bien que chaque élément d’EPI puisse être conforme et efficace individuellement, leur combinaison peut entraîner une protection globale inadéquate, introduire de nouveaux risques et avoir un impact négatif sur l’ajustement et le fonctionnement de l’autre EPI.
La collaboration au service de l’innovation dans la conception
Pour faire face aux risques chimiques qui dégradent les harnais de sécurité et font courir des risques à leurs porteurs, DuPont a collaboré avec des fabricants spécialisés afin de mettre au point un vêtement de protection conçu pour être utilisé sur le harnais intégral.
Le processus de développement a donné la priorité à la compatibilité avec différentes marques et modèles de harnais, intégrant des tests rigoureux afin d’assurer une intégration aisée et une fonctionnalité sans compromis. Il s’agissait notamment d’essais de chute dynamiques avec un mannequin articulé pour vérifier que la combinaison n’entravait pas les performances de sécurité essentielles du harnais lorsqu’il était porté en dessous. La conception finale du vêtement a fait l’objet d’une validation indépendante de la part d’un laboratoire d’essai externe.
Une nouvelle combinaison
Le produit qui en résulte, la combinaison DuPont Tyvek 500 HP model TY178 coverall, offre une solution efficace en tant que vêtement à attaches multiples et à usage unique. Conçue pour être portée par-dessus les harnais de sécurité, ce design assure à la fois la protection du porteur et du harnais contre l’exposition aux particules chimiques, aux liquides légers et aux aérosols, prolongeant ainsi la durée de vie du harnais.
Le vêtement permet une totale liberté de mouvement et intègre des points d’accès stratégiquement placés pour un déploiement efficace de tous les éléments de fixation du harnais. Les principaux objectifs de la conception sont les suivants :
- alignement précis et accès facile à tous les anneaux en D sans avoir à retirer ou à ajuster le vêtement ;
- protection complète du porteur contre les risques chimiques ;
- protection efficace du harnais pour maximiser sa longévité.

La combinaison DuPont Tyvek 500 HP modèle TY178, conçue pour protéger les personnes travaillant en hauteur et leur harnais contre les risques chimiques, permet une liberté de mouvement et offre de multiples points d’accès avec quatre manchons élastiqués pour anneaux en D situés sur le devant, dans le dos et sur les côtés.
Perspectives d’avenir
Le parcours visant à réduire pleinement le double risque de chute et d’exposition aux produits chimiques en hauteur se poursuit. Les futures avancées en matière d’EPI seront probablement axées sur une intégration encore plus poussée des fonctions de protection, une science des matériaux améliorée pour un plus grand confort et une durabilité accrue, et des technologies plus intelligentes en matière de surveillance et de détection des dangers en temps réel.
La poursuite de la collaboration entre les fabricants d’EPI, les spécialistes de l’industrie chimique et les utilisateurs finaux sera cruciale pour faire évoluer ces innovations dans le bon sens, afin de créer des environnements de travail dans lesquels ces risques complexes sont efficacement et intégralement traités.
En savoir plus
DuPont a publié un guide électronique dédié au travail en hauteur à l’intention des responsables QHSE. Il contient des conseils sur la sélection et l’utilisation des EPI pour le travail en hauteur, et l’accent est mis sur la difficulté de combiner la protection contre les chutes et la protection contre les produits chimiques.
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