L’Ocean Ranger sombre dans l’Atlantique – Il y a 40 ans…

14 février 20224 min

Le soir du 14 février 1982, une violente tempête déferle sur la plateforme de forage Ocean Ranger au large de Terre-Neuve au Canada sur laquelle travaillent 84 personnes. En quelques heures, tout le bâtiment va sombrer dans les eaux glacées de l’Atlantique.

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L’Ocean Ranger, une imposante plateforme de forage

Depuis en novembre 1980, la plateforme de forage semi-submersible Ocean Ranger est installée dans l’océan Atlantique à 270 km au large de Terre-Neuve (Canada). Sa mission : forer un puits de pétrole pour le compte de Mobil Oil Canada Ltd.

Cette plateforme repose sur des pontons plus ou moins remplis d’eau qui lui permettent de flotter. Grâce à un système de pompes, sa position s’ajuste sur l’océan. C’est, à cette époque-là, la plus imposante plateforme semi-submersible de forage au monde.

Des vagues de 15 à 18 m de haut

Le 14 février 1982 matin, un bulletin météo annonce une violente tempête dans le secteur pour la fin d’après-midi. En effet, à 19 h , les vents atteignent 90 nœuds (près de 170 km/h) et des vagues de 15 à 18 m déferlent sur l’Ocean Ranger. Ainsi, vers 21 h, l’une d’elles brise un hublot de la salle de contrôle des ballasts causant une panne électrique. Et l’eau envahit les puits à chaînes situés à l’avant.

Vers 1 h du matin, la gîte étant importante. Si bien que le représentant de Mobil Oil de la plateforme demande au navire de soutien d’urgence de s’approcher.

À 1 h 30, l’opérateur radio annonce que l’équipage, soit 84 personnes, se rend « aux postes d’embarquement dans les engins de sauvetage », comme l’indique Héritage, le site web du patrimoine de Terre-Neuve-et-Labrador.

Deux plateformes voisines envoient leurs navires. Cependant, la hauteur des vagues ralentit leur progression et ce n’est que vers 2 h 45 que l’un d’eux arrive près de l’Ocean Ranger. « Il n’y avait aucun signe de vie à bord et les embarcations de sauvetage n’étaient plus là », poursuit Héritage. Et peu après, l’Ocean Ranger sombre dans les eaux glacées.

Toute la nuit et les jours suivants, les recherches ont lieu pour retrouver les radeaux de sauvetage. Mais aucune des 84 personnes travaillant sur l’Ocean Ranger n’a été sauvée et seuls 22 corps ont été repêchés.

Les causes du naufrage

Un mois après le drame, la Commission royale d’enquête sur le désastre marin de l’Ocean Ranger est créée. Après deux années d’investigation, ses conclusions mettent en exergue plusieurs facteurs ayant contribué au sinistre :

  • les conditions météorologiques très mauvaises ;
  • des défauts de conception de la plateforme. Elle n’avait pas été testée dans des eaux très tumultueuses, le système de ballasts était trop complexe et installé trop près de la ligne de flottaison, le verre des hublots était trop mince, les puits à chaînes n’étaient pas étanches…
  • plusieurs manquements à la sécurité et à la formation des travailleurs. Un équipage plus qualifié aurait su réagir, selon la Commission. De plus, les embarcations de sauvetage étaient inadaptées aux mers déchaînées et l’équipage mal formé à leur utilisation. Et aucune combinaison de survie n’était présente à bord. Coté navire de soutien, ce n’était pas beaucoup mieux. Il se trouvait trop loin de la plateforme (huit milles, soit environ 15 km) et son équipage était lui aussi mal formé aux procédures de sauvetage et mal équipé.

De nouvelles mesures réglementaires

Dans son rapport d’enquête, la Commission émet 136 recommandations. Le gouvernement canadien en a appliqué une partie parmi lesquelles :

  • le renforcement du système de recherche et de sauvetage de la province par trois avions et trois hélicoptères ;
  • l’amélioration de l’équipement de sauvetage des plateformes avec un nombre d’embarcations de sauvetage et de combinaisons de survie supérieur à celui de l’équipage ;
  • le placement de la salle de contrôle des ballasts bien au-dessus de la ligne de flottaison des plateformes et une simplification des systèmes ;
  • un renforcement de la formation des travailleurs et de leur sécurité ;
  • la création de l’Office Canada-Terre-Neuve-et-Labrador des hydrocarbures extracôtiers, désormais seul organisme responsable de la réglementation de l’industrie pétrolière en haute mer, contre trois auparavant.

Article extrait du n° 579 de Face au Risque : « Tensions sur la supply chain » (février 2022).

Martine Porez – Journaliste

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