Publicité

L_analyse des risques l_outil indispensable du voyageur moderne photo Pawel Maryanov licence CC via Flickr

Outil indispensable du voyageur moderne, l’analyse des risques

L’enlèvement de deux ressortissants français au Bénin pose la question de la sécurité du voyageur. Au-delà des simples conseils, c’est à une véritable analyse des risques que chaque voyageur, quel que soit son statut, doit se préparer.

La sécurité du voyageur ne peut se limiter à la consultation de la carte de « conseil aux voyageurs » avant son départ, quelle que soit la destination. Que le parc de Pendjari au Bénin ait été en zone rouge ou jaune sur la carte du ministère des affaires étrangères n’a que peu d’intérêt en soi.

La carte du ministère et plus globalement les fiches-pays qui l’accompagnent sont évidemment une étape incontournable. Qu’il soit en déplacement d’affaire ou d’agrément, le voyageur doit se livrer à une réflexion. Les professionnels l’appellent analyse des risques.

Le voyageur doit se projeter dans un nouvel environnement

Trop souvent, le voyageur occasionnel oublie que voyager, c’est se projeter dans un environnement nouveau et différent. Les usages, la culture du risque, les risques, les moyens de prévention et de secours… Tout y est différent.

Évaluer sa propre vulnérabilité

Les risques se classent le plus souvent en trois catégories : risque naturels, risques sanitaires et risques sécuritaires.

Pour chacun d’entre eux, le voyageur doit tenter d’évaluer sa propre vulnérabilité et les conséquences en cas de survenu. Quand on se prépare à un safari en Afrique, cela signifie par exemple : vérifier si on se situe en saison des pluies, comme c’est le cas actuellement en Tanzanie.

Au mieux, le risque est de se retrouver enlisé sur une piste au milieu de nulle part. Au pire d’avoir un accident sans espoir de secours.

Le risque sanitaire

Les spécificités sanitaires de la destination sont à apprécier par rapport à son propre état de santé. Est-il assez bon pour faire face à un environnement microbien différent ? Est-il compatible avec les services médicaux disponibles dans le pays ou faudra-t-il considérer une évacuation sanitaire vers un pays tiers ? Dans certains pays, il n’y a pas d’hôpital répondant au standard occidental.

Le risque sécuritaire

Le traitement du risque sécuritaire est plus complexe. Il englobe aussi bien la délinquance de droit commun que le terrorisme.  Aussi, il nécessite une mise en perspective et une projection dans l’environnement local. L’analyse des scénarios d’agressions permet de se positionner comme cible (c’est le cas d’un vol à la tire ou d’un enlèvement) puis comme dommage collatéral (c’est le cas lors d’une attaque d’hôtel).

Il faut aussi comprendre qu’en étant Français parmi des Français en France, on ne présente pas le même attrait. D’autant plus lorsqu’on est le seul occidental dans un pays où votre smartphone à lui seul représente plus d’un mois de salaire. Votre enlèvement promet alors une rançon qui fera vivre plusieurs familles pendant plusieurs mois !

Le risque naturel

Ainsi, en fonction de la saison, de son état de santé et de son expérience du voyage et de la destination, le voyageur averti prend sa décision de voyager. Le touriste a pour lui deux avantages que n’a pas le voyageur d’affaire. D’abord, l’agence de voyage doit lui apporter cette expertise s’il pense ne pas l’avoir et ensuite la capacité de subsidiarité du déplacement.

Si je ne peux pas aller faire mon safari au Bénin, je peux aller en Afrique du Sud ou en Tanzanie. Les performances des destinations touristiques de ces dernières années montrent bien ce report au gré de l’actualité.

Enfin, le voyageur averti anticipe le pire. Dans la majorité des situations, c’est l’effet boule de neige qui mène à la catastrophe.

Le délai de déclenchement de l’alerte est primordial

Pour éviter l’effet boule de neige, il y a deux manières de répondre à la catastrophe.

D’une part, avoir la capacité de revoir son programme, voire d’annuler son voyage, est une manière de contourner voire de supprimer le risque.

Pour le voyageur, le renoncement est coûteux

Il est couteux car il induit un renoncement et par définition, l’ennui évité ne sera jamais quantifié.

D’autre part avoir la capacité à alerter. Grâce à Internet dont le réseau s’étend de plus en plus profondément en brousse, et aux applications comme WhatsApp, il est possible de mettre en place à moindre coût un protocole de jalonnement. Il permet à un proche resté au pays de déclencher une alerte en cas de besoin. Si l’accident survient, le délai de déclenchement de l’alerte est primordial.

Pour un prise de conscience

La liberté de mouvement et de décision dont nous jouissons en France doit s’accompagner d’une prise de conscience. C’est la responsabilité que tout un chacun doit avoir sur ses choix. Le ministère des Affaires étrangères émet à juste titre des recommandations car une interdiction serait inacceptable au regard des libertés individuelles (et des enjeux diplomatiques).

Il permet d’être alerté en temps réel grâce à son service Ariane. Peut-être pourrions-nous souhaiter une présence accrue de ce ministère sur les réseaux sociaux et une interaction plus simples entre voyageurs et professionnels du ministère ?  Mais cela ne changerait pas la donnée essentielle qui est que le voyageur doit vouloir s’informer.

La question épineuse des otages

Nos deux otages avaient-il fait cette démarche d’analyse et d’information ? Étaient-ils inscrits sur Ariane ? Si ce n’est pas le cas, doit-on les poursuivre pour une mise en danger de la vie d’autrui ? Devraient-ils rembourser une partie des frais engagés pour leur secours ? Fallait-il qu’un avion de la République aille les chercher ?

Vertus pédagogiques

Une enquête vient d’être diligentée. Attendons les résultats, mais n’oublions pas que la loi n°2010-873 du 27 juillet 2010 donne à l’État la possibilité de demander le remboursement de tout ou une partie des dépenses engagées dans le cadre de l’opération des secours. Cela pourrait avoir des vertus pédagogiques que de faire appliquer cette loi…

Olivier Hassid

Olivier Hassid
Directeur chez PwC en charge de l’offre globale de sécurité et de sûreté depuis janvier 2016 : cybersécurité, sécurité physique, protection de l’information, lutte contre la fraude, gestion de crise, intelligence économie, Olivier Hassid a également pris en charge de la Compliance en 2017.

Il a été Directeur général du CDSE (Club des Directeurs de Sécurité et de Sûreté des Entreprises) pendant huit ans, organisme professionnel présidé par Alain Juillet et fédérant les directions sécurité/sûreté/risques des grandes entreprises européennes. Il a créé et dirigé la revue la revue Sécurité & Stratégie à la Documentation Française (semestriel) jusqu’en 2015. Intervenant dans différentes écoles et universités en France et à l’étranger, il est notamment l’auteur de La sécurité en entreprise, Gérer les risques criminels en entreprises ou encore Menaces mortelles sur l’entreprise française.

Alexandre Masraff

Alexandre Masraff

Spécialiste de la sûreté hôtelière en France et en Afrique, Alexandre Masraff est le fondateur de UGOSAFE, service proposant aux entreprises une solution digitale pour intégrer le critère sûreté des hôtels aux outils de réservation et gérer le risque dans le cadre de l’obligation de sécurité des salariés. Il est aussi membre actif au sein du groupe de travail chargé de la rédaction de la nouvelle norme ISO 31030 – Travel risk managment.

Il a été directeur de la sûreté au sein du groupe hôtelier Accor pendant six ans, chargé de la sureté des personnes et des biens ainsi que de la gestion de crise sur un ensemble de 1500 hôtels de toutes catégories. Intervenant régulièrement dans des colloques en France et à l’étranger, il est le co-auteur de La sécurité en entreprise.

ARTICLES SUR LE MÊME SUJET