Edito novembre 2010
Risques de pénurie
Dans le conflit social opposant gouvernement et syndicats sur la réforme des retraites, l’un des éléments forts a été le risque persistant de pénurie de carburant. Il a fallu, en période de crise, profondément remanier la structure logistique, afin d’éviter la paralysie de la vie économique du pays. La répartition des lieux de production et de stockage a fait l’objet de bouleversements importants.
Cette situation contribue à illustrer l’antinomie qui peut le cas échéant exister entre la rationalisation économique et la sécurité des approvisionnements. Dans une recherche de rentabilité, la tendance est souvent à l’accroissement de la dimension des moyens de production et de stockage et à leur centralisation, ce qui a pour effet mécanique de diminuer le nombre d’implantations. De surcroît, le circuit de distribution est généralement géré en flux tendu. En revanche, la sécurité requerrait une dissémination et une augmentation des quantités stockées, voire produites, à proximité des lieux de consommation. A défaut, les consommateurs sont tentés de stocker les produits essentiels à leurs yeux, en appliquant à eux-mêmes le principe de précaution prôné par ailleurs, notamment par les responsables politiques.
Le dicton paysan conseillant de ne pas mettre tous ses oeufs dans le même panier reste une référence actuelle. La réduction de la vulnérabilité de la « supply chain » des ressources de base inviterait à répartir largement ces dernières dans des zones aux accès multiples, afin d’éviter qu’un nombre restreint d’actions privent les entreprises et les citoyens des produits nécessaires à leurs activités. Parallèlement, la diversification des moyens possibles pour atteindre les objectifs est naturellement à encourager, ainsi, pour les transports, la route, le rail, l’air, le fleuve, le sous-sol ou, pour les sources d’énergie, les combustibles fossiles, les matières fissibles, le vent, l’eau, le soleil ou encore « l’économie d’énergie ».
Bien sûr cette approche peut avoir un coût significatif mais la rupture d’approvisionnement également. L’accepter, après arbitrage au niveau individuel ou collectif, est une forme d’assurance pour des risques qui seraient jugés inacceptables par les acteurs concernés.
Benoît Clair Directeur de la publication

