Recherche sur les risques et les crises

Date de publication : 12/09/2018  |  Propos recueillis par Gaëlle Carcaly

Franck Guarnieri, directeur du Centre de recherche sur les risques et les crises
Franck Guarnieri, directeur du Centre de recherche sur les risques et les crises

Le Centre de recherche sur les risques et les crises (CRC) de Mines ParisTech a été créé en vue de renforcer la recherche et la formation dans le domaine de la prévention des risques et de la gestion des crises. Il place l’homme au coeur de ses recherches. Franck Guarnieri, directeur de recherche et directeur du centre, nous présente ses missions.

Qu’est-ce que le CRC de Mines ParisTech ?

Franck Guarnieri. Le CRC est un laboratoire de recherche interdisciplinaire, le seul au sein de Mines ParisTech, qui rassemble deux grands domaines : les sciences de l’ingénieur (mathématiques appliquées, sciences de la donnée, informatique…) et les sciences humaines et sociales (anthropologie, histoire, géographie, sociologie, philosophie…).

Il est composé de dix enseignants-chercheurs, de sept doctorants et d’une trentaine d’élèves ingénieurs de notre master spécialisé Maîtrise des risques industriels (MRI). Notre recherche est qualifiée de « partenariale », nous travaillons en étroite collaboration avec de grandes entreprises dans le cadre de contrats de recherche.

Sur quels sujets travaillez-vous ?

F. G. Nous avons élaboré un contrat d’objectifs à 5 ans dont le thème est « Énergies et transports sûrs ». Il s’articule autour de trois filières industrielles : le nucléaire, le pétrole-gaz et le renouvelable. Trois questionnements structurent nos travaux.

  • Le professionnalisme et la professionnalisation de et en sécurité, à savoir ce qu’est le travail de sécurité (principalement les métiers de la prévention) et ce qu’est travailler en sécurité (les pratiques, compétences et expériences des collaborateurs d’une organisation). Nous travaillons par exemple avec le CEA sur la question du management de la soustraitance, sujet qui oblige de considérer les deux composantes.
  • La sécurité et la sûreté de la maritimisation de l’énergie : nous étudions ici la vulnérabilité et la résilience des systèmes socio-techniques (plateforme pétrolière, tanker, pipeline…) exploités en mer et exposés à des actes de malveillance, des défaillances industrielles ou encore des aléas naturels. Nous collaborons actuellement avec Naval Group sur la détection de comportements anormaux de navires. Nous avons aussi réalisé une étude pour EDF sur les risques de collision dans les futurs champs éoliens en mer.
  • Enfin, nous nous intéressons aux organisations d’ingénierie qui ont à faire face à des défaillances potentiellement catastrophiques et qui, à défaut d’une résolution optimale sous contraintes fortes, sont condamnées à disparaître. Comme cela a été le cas à Fukushima. Nous développons depuis 2011 un important programme de recherche qui s’intitule « Ingénierie en situation extrême ». 

Quelle est votre approche ?

F. G. Nous nous intéressons à ce que tout le monde appelle le « facteur humain ». Jusque dans les années 1960/1970, les industriels étaient persuadés que la fiabilité des installations faisait la sécurité. Au début des années 1970, on a commencé à s’intéresser à l’interaction homme/machine, mais l’homme était traité comme un composant technique.

Dans les années 1980, on s’est rendu compte que l’opérateur ne réagissait pas comme une pompe ou une turbine et qu’il fallait sortir du champ des statistiques et faire appel à la psychologie, la sociologie, l’ergonomie… Cela a été fait avec plus ou moins de succès. Les outils de diagnostic et de mesure de la performance rendent indéniablement des services, mais on ne peut réduire la complexité d’un individu, d’un groupe, d’une organisation à un questionnaire ou un tableau d’indicateurs.

Au CRC, nous avons pris le parti de recentrer la question de recherche sur ce qui fait l’humain, et plus généralement l’« humanité » et donc la vie en société. Nous étudions ainsi, en situation opérationnelle, les rationalités et les temporalités à l’oeuvre, les imaginaires des individus et des collectifs, le rapport à la machine, mais aussi au fait religieux, au sacré, à la violence, à la mort.

Il s’agit là d’un extraordinaire challenge, ce n’est pas rien d’éveiller les consciences des professionnels de la sécurité à la philosophie et à l’anthropologie.