Londres : scénario infernal pour la tour Grenfell, 79 morts

Date de publication : 23/06/2017  |  Bernard Jaguenaud

C’est l’incendie le plus meurtrier qu’a connu le Royaume-Uni depuis ces 100 dernières années. Le 14 juin 2017, en pleine nuit, un feu s’est déclaré au 4e étage d’une tour d’habitation de 67 mètres de haut située dans l’arrondissement de Kensington et Chelsea, à l'ouest de la capitale.

 

Un IGH achevé en 1974

Prévenus à 0H54, les secours sont arrivés sur les lieux rapidement. La configuration de l’IGH, achevé en 1974 et présentant un unique escalier central, peut en effet faire craindre de sérieuses difficultés en cas d’évacuation. 600 personnes, réparties dans 127 appartements, vivent officiellement dans l’édifice.

 

Embrasement par l’extérieur

L’origine de l’incendie provient d’un défaut sur un réfrigérateur-congélateur. L’enquête précisera plus tard qu’il s’agit du modèle FF175BP de la marque Hotpoint. Mais, alors que les pompiers pensent avoir circonscrit le sinistre au 4e étage, la tour s’embrase par l’extérieur. Le feu progresse si vite que les secours, pas moins de 250 hommes et 45 engins déployés au plus fort du brasier, sont dépassés. En fin de matinée, la tour, toujours debout, continue de se consumer.

 
Ci-dessus la vidéo de la BBC

Bilan provisoire : 79 morts

Certains habitants ont pu être évacués. Mais ayant reçus comme consigne d’incendie de rester confinés à l’intérieur, et inaccessibles par l’extérieur, de nombreux résidents des étages ont été piégés. Le bilan est très lourd : au moins 79 morts, certaines personnes étant encore portées disparues à l’heure où nous rédigeons ces lignes. Sinistre détail, 42 corps sans vie ont été retrouvés dans la même pièce, dont des enfants et des personnes âgées.

 

Le revêtement extérieur en cause

L’examen de la gestion du bâtiment, faisant partie d’un ensemble de logements sociaux et abritant de nombreux immigrés, fait apparaître de nombreux manquements. Mais ce qui fait principalement question, c’est la nature du revêtement de la façade de la tour, rénovée en mai 2016. Constituée d’un isolant revêtu d’un parement composite polyéthylène-aluminium, elle est accusée d’avoir favorisé la propagation des flammes, tout en dégageant des gaz toxiques à la combustion. Lors de tests récents, l’enquête a déjà déterminé une résistance au feu insuffisante des matériaux employés.

 

Absence de sprinkleurs

La réglementation britannique impose la pose de sprinkleurs sur les immeubles de grande hauteur depuis 2007. Alan Brinson, directeur général du European Fire Sprinkler Network, s’est posé la question du coût de l’installation de sprinkleur sur un immeuble ancien : « Le coût de la rénovation de la Grenfell Tower effectuée en 2016 s’est élevé à 10 millions de livres. Nous estimons que le montant de l’installation d’un système de sprinkleur sur un immeuble de ce genre aurait été d’environ 200 000 livres (à peu près 2 % du coût de la rénovation). » Il ajoute : « Cet incendie est comparable à celui de l’Adress hôtel à Dubaï lors du nouvel an de 2016. La différence est que le gratte-ciel était équipé de sprinkleurs et que personne n’y a trouvé la mort. »

 >>> A lire aussi : A Dubaï, le feu ne manque pas d'Adress (Face au Risque, 1er mars 2016, accès payant)

600 tours concernées

Le Gouvernement britannique a pris la mesure du problème. Car le parc d’immeubles comparables à celui de la Grenfell Tower concernerait 4 000 édifices anciens, dont 600 présenteraient le même type de revêtement extérieur. Downing Street a donc ordonné l’examen des revêtements de tous les immeubles de logements sociaux et gérés par les pouvoirs publics, tout en alertant également les propriétaires privés. Dans la foulée, cinq tours situées au nord de Londres, représentant 800 appartements, ont été évacuées dans la soirée du vendredi 23 juin. Le revêtement extérieur, similaire à celui de la Grenfell Tower,  ne présentant pas la sécurité nécessaire. Des travaux de remplacement, durant entre deux et quatre semaines, vont être entrepris en urgence. 

 

Et en France ?

La catastrophe a obtenu de larges échos dans le monde, notamment en France où la réglementation incendie est considérée comme l’une des plus strictes. Peu après la tragédie, Richard Ferrand, le ministre de la Cohésion des territoires nommé le 17 mai 2017, a annoncé avoir commandé auprès du Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB) un rapport pour évaluer la réglementation «sécurité incendie» en France. Avec comme objectif : se demander si une telle situation pouvait se reproduire dans l’Hexagone, notamment à Paris. Suite à la démission du ministre le 19 juin dernier, soit cinq jours après le drame, on peut raisonnablement espérer que sa décision obtienne une suite favorable.

Nous ne manquerons pas de revenir sur cet incendie dramatique dans nos prochaines parutions.