La sécurité privée au service de la cité

Date de publication : 12/12/2017  |  David Kapp

La Garde Républicaine accueillait mercredi 6 décembre 2017 le colloque du syndicat professionnel USP Technologies. L'occasion de revenir sur les grands sujets de société qui animent la profession de la sécurité.

En ouverture du colloque le général de division Damien Striebig, commandant de la Garde Républicaine, rappelait le rôle de cette prestigieuse institution dans la sauvegarde et la protection de la République.

Si la Garde Républicaine est souvent associée aux visites officielles protégées par les motards ou les cavaliers, les 1 800 gardes sont aussi au service de la cité et sont notamment chargés de la protection des palais nationaux.

L'attentat d'Ottawa le 22 octobre 2014 devant le parlement canadien a montré la réalité de la menace. Et les attaques à proximité du parlement britannique le 22 mars 2017 ont confirmé la nécessité de mieux protéger en amont à la fois les édifices et les parlementaires qui s'y rendent.

La Garde Républicaine compte ainsi parmi ses effectifs des tireurs d’élite qualifiés annuellement par le GIGN.

Les propos du général faisaient écho à la première table-ronde où la question "Peut-on prévoir un élargissement des compétences de la sécurité privée ?" était soulevée.

De nouvelles compétences pour la sécurité privée

Sur ce sujet, la garde des édifices publics par des agents de sécurité privée en lieu et place des forces de l'ordre est souvent évoquée.

Les intervenants ont cependant montré que, derrière de nouvelles compétences, il s'agissait aussi d'apporter de la valeur ajoutée, car les risques ont évolué.

La demande de sécurité est plus importante aujourd'hui et a changé, expliquait ainsi Pascal Lalle, directeur central de la Sécurité Publique.

Longtemps les autorités de tutelle se sont montrées frileuses - comme la population - à un élargissement des compétences. La question des armes pour les agents ou leur présence et leur éventuelle intervention sur la voie publique fait encore débat.

Une demande de sécurité qui s'accroît

Mais les attentats ont modifié la donne comme le montre la meilleure acceptation de certains équipements comme la vidéosurveillance.

Les attentats ne sont pas les seuls phénomènes qui jouent en faveur d'un recours au secteur privé.

Il peut également être un gage d'efficacité, plaidait pour sa part Michel Mathieu, président de Securitas France. Et de donner l'exemple du contrôle dans les aéroports.

Ainsi début juillet 2017, plusieurs avions ont connu de gros retards, voire ont dû être annulés, à cause d'un renforcement des contrôles passagers. Les agents de la Police aux frontières (PAF) étaient littéralement débordés.

Les réseaux sociaux ont relayé des files interminables dans les deux principaux aéroports parisiens.

Pour Michel Mathieu, la sécurité privée pourrait venir en renfort et soulager le travail des agents qui pourraient ainsi se concentrer sur leurs tâches à valeur ajoutée.

Le "continuum" de la sécurité

Mais pour cela, la sécurité privée doit gagner la confiance de l’État et être autorisée, comme c'est le cas dans certains autres États du monde, à effectuer ces tâches, plutôt régaliennes, comme le contrôle des passeports.

D'ailleurs, parfois, c'est déjà le cas puisque des portiques automatiques, construits par des entreprises privées, sont chargés d'effectuer ces contrôles.

Plus qu'un partenariat public-privé, c'est désormais "un continuum", comme Gérard Collomb, le ministre de l'Intérieur, l'a qualifié dans sa feuille de route (Protéger, garantir et servir) à destination des préfets.

S'agissant de marchés revêtant des caractères particuliers, la certification des opérateurs permettrait des garanties supplémentaires, expliquent de concert les intervenants.

Reste cependant la question délicate du prix des prestations qui est la principale ombre au tableau : formation, qualification, certification... autant de contrôles et de garanties auquels le secteur veut bien se soumettre, mais les clients doivent jouer le jeu et ne pas tirer les prestations vers le bas, disent en substance les entreprises de sécurité. Et le secteur public n'échappe d'ailleurs pas à des appels d'offre où le "prix de la prestation est en dessous du coût réel".

Maître Thibault du Manoir de Juaye, avocat à la cour et partenaire du colloque, rappelait que des lois permettaient très justement d'éviter ce dumping. Mais il faut savoir les actionner à bon escient.

Des nouvelles technologies sécurisées

La seconde table-ronde était l'occasion d'évoquer les technologies de sûreté dont notamment le numérique qui est désormais partout.

Il ne faut pas seulement inventer de nouveaux outils et de nouveaux usages, il faut aussi qu'ils puissent être sécurisés dès le début. C'est donc le "Secure by design" qui est promu.

Le règlement général pour la protection des données personnelles (RGDP), applicable en mai 2018, constitue une étape importante dans la hausse qualitative des systèmes et le passage vers le "Privacy by design".

Le numérique rend beaucoup de choses possibles. Les participants évoquent ainsi la reconnaissance faciale largement utilisée en Chine.

"Tout dépend de la société que l'on veut voir émerger" prévient Elisabeth Sellos-Cartel du ministère de l'Intérieur.

Des applications sont déjà disponibles et certaines sont mêmes autorisées par la Cnil rappelle Olivier de Maison Rouge, avocat à la cour.

Le dernier téléphone d'Apple permet d'ailleurs de reconnaître le visage de son propriétaire, et s'il reconnaît son propriétaire, "ce n'est certainement pas seulement en local" prévient le général Franck Pavero, conseilleur de Défense et de Sécurité pour la lutte contre le cyberterrorisme.

Autrement dit, il est fort à parier que les données biométriques soient stockées dans un serveur en Californie.

Dans ce domaine, les lanceurs d'alerte sont jugés essentiels et indispensables car ils permettent, pour peu qu'ils soient de bonne foi, d'influer sur le contrôle de la technologie.