13 novembre 2015 : vidéo de la honte, le procès

Date de publication : 02/05/2017  |  Bernard Jaguenaud

Cinq jours après les attentats du 13 novembre 2015, des images provenant des caméras de surveillance de la pizzeria Casa Nostra et montrant la fusillade avaient été diffusées sur un tabloïd anglais. Le procès s’est déroulé le 26 avril 2017, aboutissant à la condamnation du gérant de l’établissement et de deux complices. 

La vidéo est courte, mais les images sont terribles. On y voit les terroristes en action pointant leurs armes sur des clients paniqués, cherchant refuge à l’intérieur de la salle du Casa Nostra.

Une scène d’horreur diffusée par le Daily Mail peu de temps après les faits, et un traumatisme supplémentaire pour les victimes rescapées, dont certaines ont décidé de porter plainte pour « violation de leur droit à l’image ».

>>> À lire aussi : Attentat du Bataclan : plaintes de victimes contre l'entreprise de sécurité privée (Face au Risque, 11 mai 2017, accès libre)

Même si les chefs d’accusation se sont révélés au final plus techniques, relevant de l’installation « sans autorisation d’un système de vidéoprotection » et « de divulgation d’images à personnes non habilitées », l’objet du procès pour les parties civiles était de comprendre comment les images de leur tragédie avaient pu se retrouver exposées à la vue de milliers de personnes.

Rappelons que le code de la sécurité intérieure, par son article L.254-1, prévoit des peines maximales de trois ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d'amende pour les deux chefs d’accusation.

Des tractations filmées en caméra cachée

Accusé d’avoir fait appel à un complice pour trouver acquéreur de la funeste vidéo, négociée 50 000 euros auprès du tabloïd ( une pratique choquante chez nous mais courante chez nos voisins anglo-saxons), et à un hackeur pour la récupérer sur le système de vidéosurveillance, le gérant de la pizzeria a déclaré « ne se souvenir de rien ».

Néanmoins des images prises en caméra cachée de la négociation, prises par un journaliste indépendant et diffusées lors de l’émission « Le Petit Journal » sur Canal +, faisaient courir de fortes présomptions sur la responsabilité du patron de l’établissement.

 

Les peines requises

Le Ministère public a donc requis 45 000 euros d’amende contre lui, ses complices encourant des peines plus légères (14 400 euros pour l'acolyte-traducteur, 7 200 euros pour le hackeur).

Une peine qui ne devrait pas arranger la situation de la pizzeria, déjà privée d’une aide exceptionnelle de la Mairie de Paris de 40 000 euros en raison de l’affaire, et souffrant selon le gérant d’une désaffection de clientèle depuis sa réouverture en janvier 2016.

Quant à la vidéo, elle est toujours visible sur le site du Daily Mail.

Le verdict sera rendu le 24 mai 2017.